COP26 : dans la fournaise de Ras-El-Khaïmah, l'un des endroits du globe où le réchauffement climatique menace la vie humaine

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À l'occasion de la COP26, franceinfo s'est rendu à Ras-El-Khaïmah. Dans cette ville du nord-est des Émirats arabes unis, les températures sont parfois supérieures aux conditions de survie.

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Radio France
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La ville de Ras al Khaïmah, aux Emirats arabes unis. (STEFAN TOMIC / GETTY)

Ce n'est plus simplement une sombre perspective, mais un phénomène déjà observé : deux villes dans le monde, Jacobabad au Pakistan et Ras-El-Khaïmah aux Émirats arabes unis, ont déjà connu à plusieurs reprises des températures allant au-delà des conditions de survie. Une illustration du réchauffement climatique, thème qui sera largement évoqué lors de la COP26 qui se tient à Glasgow en Écosse jusqu'au 12 novembre. 

franceinfo s’est rendu à Ras-El-Khaïmah, au nord-est des Émirats arabes unis. Peuplée de 115 000 habitants, la ville affiche un paysage de grands buildings, autour desquels circulent de gros 4X4. Et dans l’air, de très hautes températures estivales, venues des eaux du Golfe persique.

Issa, entrepreneur français installé à Ras-El-Khaïmah. (JÉRÔME JADOT / RADIO FRANCE)
 

"On est entre mer et montagne, comme dans une cuve, donc il fait très chaud, avec beaucoup d’humidité", indique Issa, un Français qui vit là-bas depuis deux ans.

"Quand vous ouvrez la porte, c’est comme si vous ouvriez celle d’un four. Au maximum, il y avait 49 degrés à l’ombre au mois d’août. On ne s’aventurait pas dehors, c’était vraiment une chaleur trop étouffante."

Issa, un habitant

à franceinfo

À Ras-El-Khaïmah, la chaleur a même atteint à quatre reprises depuis 1995 le seuil considéré comme mortel de 35 degrés Celsius de température dite humide, si l’on en croit une étude publiée en 2020 dans la revue scientifique Science.

"Ce seuil est un niveau combiné de chaleur et d’humidité, explique ainsi Colin Raymond, chercheur à la Nasa, un des auteurs de cette étude. Au-delà de ce seuil, suer ne permet plus de refroidir le corps humain et on estime qu’on ne peut pas survivre dans ces conditions plus de trois à six heures." Jusqu’à présent, ce seuil a été dépassé sur des temps plus courts, d’une à deux heures. Mais la durée et le nombre de ces épisodes risquent de s’accroître : la fréquence des canicules humides a déjà été multipliée par deux en 40 ans.

Ibrahim, né à Ras-El-Khaïmah, ingénieur dans une centrale au gaz et au pétrole. (JÉRÔME JADOT / RADIO FRANCE)


Une partie des habitants de Ras-El-Khaïmah s’accommode plutôt bien de ces températures. "Dans la voiture, il y a la clim, au coffee-shop, il y a des piscines avec la clim", décrit Walid, qui travaille dans un centre commercial climatisé. "On dort, on se lève avec la clim. C’est l’invention la plus intelligente. On n’a aucun problème avec les fortes chaleurs", assure-t-il. 

C’est aussi ce qu’affirme le médecin-chef d’une clinique de Ras-El-Khaïmah. "Les gens d’ici sont habitués, assure-t-il. Ils ne sortent pas aux heures les plus chaudes." La municipalité, elle, n’a pas répondu à nos demandes de statistiques sur la mortalité estivale.

La situation est plus problématique pour ceux qui travaillent dehors, comme Mohammed. Ce jeune Bangladais lave des voitures sur un parking en plein soleil, le visage ruisselant en cette fin octobre où il ne fait pourtant "que" 36 °C. "En juin, juillet et août, c’est vraiment trop chaud, témoigne-t-il. Alors entre midi et 15h, on n’a pas le droit de travailler et la police met des amendes. Mais malgré cela, c’est dur, on sue énormément… Moi, ça me donne des allergies de peau et les médicaments sont trop chers." Mohammed nous montre une plaque de peau à vif dans le cou. Il gagne moins de 300 euros par mois pour dix à douze heures de travail par jour, logé dans un bâtiment à la climatisation défectueuse. "Il peut y faire 36-37 °C, soupire-t-il. Et là, c’est dur de dormir. Deux ou trois fois dans la nuit, je me douche mais l’eau du robinet est trop chaude donc je mets des bouteilles d’eau au freezer et je mélange les deux. C’est vraiment pas simple."

Le pays est le troisième émetteur mondial de CO2

Le pays est un grand contributeur du réchauffement climatique : les Émirats arabes unis sont le septième exportateur mondial de pétrole et le troisième émetteur mondial de CO2 par habitant. Une centrale à charbon a récemment été mise en service. "Peut-être qu’il y a des années plus chaudes que les autres, mais on peut vivre ici, il n’y a pas de risque de changement climatique, assure Ibrahim, ingénieur dans une centrale au gaz. Ce qu’il faudrait quand même, c’est faire plus de marche à pied : pour chaque maison, il y a peut-être cinq voitures ou plus. Cela fait de la pollution et je ne sais pas si l’on va réussir à changer cela." Il y a bien quelques incitations à la voiture électrique, mais à Ras-El-Khaïmah, seul 1% de la production d’électricité est d’origine renouvelable.

The sustainable city, un quartier de Dubaï construit pour tenter de s'adapter aux fortes chaleurs et réduire l'empreinte carbone : panneaux solaires sur les parkings, rues étroites, végétalisées, recouvertes de pavés réfléchissant moins la chaleur. (JEROME JADOT / RADIO FRANCE)

À Dubaï, vantée comme une "ville durable", c’est un peu plus : 10%. On est fiers de montrer aux touristes un des plus grands parcs solaires au monde, au milieu du désert. Dans "Sustainable city", quartier verdoyant irrigué par les eaux usées, on tente de résister à la chaleur. Ici, pas de voitures : ces dernières restent garées aux entrées, sous des panneaux solaires. "Les ruelles sont étroites pour éviter le soleil et nous avons des pavés pour moins capter la chaleur, explique Karim Jisr, le responsable développement durable de ce quartier. Le pavé approche les 50°C en août quand l’asphalte approche, elle, les 68 à 69 °C. Il fait un peu moins chaud que dans d’autres quartiers à Dubaï : c’est une différence de 2 à 3°C."

Derrière la vitrine, une réalité plus sombre

Ces initiatives sont un peu l’arbre vert qui cache une forêt beaucoup plus sombre. Selon l’ONG Climate Action Tracker, les efforts des Émirats arabes unis sont "hautement insuffisants" pour respecter les Accords de Paris. Symbole de cette insuffisance : la station de ski couverte de Dubaï, maintenue à moins deux degrés. Avec, au sommet du télésiège, des… chauffe-terrasses. Moins anecdotique, la climatisation aux Émirats arabes unis représente 70% de la consommation d’électricité. L'auteur de l’étude publiée dans Science alerte sur la survie de la population en cas de panne. 

Ski Dubaï, station de ski couverte, au sein d'un immense Mall de Dubaï. (JEROME JADOT / RADIO FRANCE)

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