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Barkhane : stop ou encore ? Ce qu'en pensent les militaires de l'opération

Le sommet du G5 Sahel débute lundi 15 février. Au sein de l'opinion publique française, l'utilité de Barkhane est de plus en plus discutée. Les militaires s'interrogent également sur l'opération sans pour autant la remettre en question.

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Un soldat français de l\'opération Barkhane, au nord du Burkina Faso, en novembre 2019.
Un soldat français de l'opération Barkhane, au nord du Burkina Faso, en novembre 2019. (MICHELE CATTANI / AFP)

À l'occasion du G5 Sahel, les 15 et 16 février, Emmanuel Macron devrait annoncer un réajustement des forces françaises dans la région. Le nombre de militaires engagés dans l'opération Barkhane devrait passer de 5 100 à 4 500, sans qu'un départ complet ne soit envisagé par l'Elysée. De plus en plus de voix critiquent la durée de l'opération engagée en août 2014, qui a coûté la vie à plus de 50 Français et représente 1 milliard d'euros de dépenses par an. Selon un sondage du mois de janvier, 51 % des Français se disent désormais opposés au maintien des soldats français au Sahel.

"Chacun de mes soldats et moi le premier, nous sommes très attentifs à ce qui est raconté en France", tient à préciser le général Marc Conruyt, commandant de la Force Barkhane, depuis son QG de N'Djamena, au Tchad.

"Je vais voir régulièrement mes soldats sur le terrain, assure le chef des 5 100 hommes et femmes déployés au Sahel. Je vais les voir quand ils préparent les opérations et je vais les voir quand ils rentrent d'opérations. Je peux vous dire que le moral est bon, le moral est fort. Nos hommes savent pourquoi ils sont ici et nos hommes n'ont aucun doute sur le bien fondé et sur l'efficacité de leur action."

Des victoires mais pas d'issue 

Le général Marc Conruyt voit l'opération via le prisme des résultats : la branche sahélienne de Daesh est sur le reculoir, la filiale d'Al-Qaeda reste agressive mais prend des coups et les armées locales montent en puissance. Les soldats voient aussi sur le terrain les exécutions, les raids sur des villages commis par les groupes jihadistes, qui les confortent dans l'utilité de leur action immédiate.

En revanche, les militaires peuvent douter des résultats au long terme. C'est le cas du commando marine Louis Saillans, auteur de Chef de guerre (éditions Mareuil). "Je suis content d'avoir été là-bas et si c'était à refaire, je le referais, précise d'abord le soldat. Maintenant, mon affaire, c'est de dire : pourquoi est-ce qu'on ne gagne pas la guerre ?"

Si on continue à gagner les batailles mais que l'ennemi continue à croître en nombre, peut-être que les armes ne suffisent plus.

Louis Saillans

à franceinfo

"Pourquoi est-ce qu'on a des jeunes bergers du fin fond du Sahel et des jeunes dans nos cités qui adhèrent à ces idées-là ?, s'interroge encore Louis Saillans. J'évacue tout de suite l'affirmation selon laquelle ils sont un peu idiots ou psychologiquement instables, parce que j'ai vu des mecs qui étaient intellectuellement robustes, stables dans leur vie, épouser cette idéologie-là. Ma question, c'est de savoir pourquoi est-ce qu'ils y vont ?"

Aux limites de "l'acceptabilité"

Malgré les succès militaires remportés depuis huit ans par Barkhane dans le sable, la sueur et le sang, on arrive "aux limites de l'acceptabilité de l'engagement par l'opinion publique", estimait début février dans l'Est Républicain l'ancien colonel et historien militaire Michel Goya. "Une opération extérieure ne devrait pas durer plus de trois ans, sinon, on a du mal à en sortir", estime-t-il.

Ce que disent aussi les militaires, c'est qu'eux seuls ne peuvent rien. Aucune insurrection ne peut être réglée uniquement par les armes, estime le commandant Vincent, officier déployé par le passé en Afghanistan, au Moyen Orient et au Sahel, auteur de Traquer la terreur (éditions Pierre de Taillac). 

Imaginez un marathon, plus de 40 kilomètres, avec un match de boxe tous les kilomètres.

Commandant Vincent

à franceinfo

Pour le commandant Vincent, la guerre au Sahel est "une guerre sur le long terme, une guerre qui demande d'avoir des ressources, une guerre qui demande d'être percutant en permanence". Il insiste sur la nécessité d'une "approche globale" qui, au-delà du militaire, intervient au niveau politique, économique, environnemental et culturel.

Un soldat français de l\'opération Barkhane, au nord du Burkina Faso, en novembre 2019.
Un soldat français de l'opération Barkhane, au nord du Burkina Faso, en novembre 2019. (MICHELE CATTANI / AFP)