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Présidentielle 2022 : crispations autour des comités locaux pro-Macon

Des comités de soutien à l’action d’Emmanuel Macron fleurissent un peu partout en ce moment. Et ça ne plaît pas à tout le monde, dans la majorité.

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(LUDOVIC MARIN / AFP)

Jour après jour, la liste des comité d’élus pro-Macron s'allonge : Calvados, Lot-et-Garonne, Hauts de Seine, Eure, Dordogne... Bordeaux compte aussi le sien, depuis jeudi 9 septembre. “Le grand public s’en fout un peu, reconnaît un conseiller de la majorité. Mais c’est un signal faible auquel vous devriez vous intéresser.” Ce que nous avons fait.

Qui compose ces comités ? Des élus, la plupart non encartés à En Marche, qui disent : on a bien travaillé avec ce président, on soutient son action, et on appelle à sa réélection à la présidentielle 2022. Rien de spontané évidemment. En coulisses, deux hommes sont à la manœuvre : Thierry Solère, conseiller spécial d’Emmanuel Macron, et Sébastien Lecornu, ministre des Outre-mer, président du département de l’Eure. Les deux passent des coups de fil pour convaincre les élus de s’engager.

Ces comités sont clairement conçus comme un outil pour la réélection d’Emmanuel Macron, pour montrer qu'il n’est pas un président hors sol, ou déconnecté des "territoires", le mot à la mode chez tous les candidats. "Il y a un gros travail de mise en valeur du lien avec les élus locaux”, rappelle un marcheur. Travail commencé après la crise des "gilets jaunes", en 2019, avec le "grand débat"  :Emmanuel Macron avait alors rencontré 2 300 élus en trois mois.

Un "en même temps" des territoires

L’année suivante, les municipales ont montré toute la difficulté à structurer un maillage territorial. La stratégie d’implantation ayant échoué, autour du chef de l’Etat naît cette idée d'approcher des élus déjà en place. “Ça permet aussi d’incarner une nouvelle forme de dépassement”, explique un proche du chef de l’Etat. De montrer que le “en même temps” d’Emmanuel Macron, c’est être le président des villes et en même temps celui des champs.

L'initiative crispe quelque peu à En Marche. D’abord parce que certains considèrent que c’est trop tôt, à l’instar du président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand. “C’est contre-intuitif que s’expriment des soutiens avant même la déclaration de candidature d’Emmanuel Macron, explique un membre du premier cercle, et que tout s’organise de sucroît depuis Paris.” Le président partagerait cette position.

Un "rapport de force" entre députés et élus locaux

Il y a aussi cet éternel débat autour du chef de l’Etat entre ceux qui veulent structurer et organiser - Thierry Solère et Sébastien Lecornu - et ceux qui considèrent que l’ADN du macronisme, “c’est laisser partout fleurir des initiatives et voir ce qu’il en subsiste” confie un porte-parole.

“Il ne faut pas être dupe, poursuit un parlementaire, toutes ces manœuvres dans la majorité, c’est l’expression d’un rapport de force qui s’établit.” Une partie de la Macronie voit d’un mauvais œil l’activisme de de l’aile droite de la majorité, craignant une OPA après l’élection sur ce qu’il restera d’En Marche.

Car c'est un grand classique des campagnes électorales : les luttes d’influence. "Les députés voient d'un mauvais oeil la création de comités par des élus qui leur ont parfois mené la vie dure durant ce mandat, glisse un parlementaire. Ils se disent : le gars qui prend la tête du comité va vouloir ma place." En privé, Stanislas Guérini, délégué général d'En Marche, s'emploie à rassurer ses troupes. “Nos députés sortants seront défendus…” répète-il aux uns et aux autres.

(LUDOVIC MARIN / AFP)