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Le brief politique. Un débat historique mais pas hystérique

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Le premier débat réunissant tous les candidats avant le premier tour de l'élection présidentielle a été le théâtre d’échanges parfois sincères, mais toujours en retenue, sur le fond comme sur la forme.

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Radio France
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François Fillon et Jean-Luc Mélenchon échangent quelques mots avant le débat. (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

Historique mais pas hystérique : ce sont probablement les deux mots qui qualifieront le mieux ce tout premier débat télévisé à réunir l’ensemble des candidats avant le premier tour de l’élection présidentielle. Qu’y avons-nous vu ? Un débat pas toujours très chic mais avec quelques phrases chocs. Des petits candidats dans la lumière qui ont bousculé les favoris par des interventions dérangeantes et sincères, principalement sur les affaires. 

À l'image de Nathalie Artaud la candidate de Lutte Ouvrière : "Quand on entend monsieur Fillon dénoncer les cheminots qui auraient des privilèges, dénoncer l’assistanat, alors que lui-même s’accorde des largesses… Ce décalage choque !"

Philippe Poutou, les pieds dans le plat

Choqué aussi, le candidat du NPA qui a mis les pieds dans le plat, accusant François Fillon et Marine Le Pen de piquer l'argent dans les caisses. Avec à l'arrivée une charge frontale contre la présidente du Front national : "Le pire, c’est que le FN, qui se dit antisystème, refuse d’aller aux convocations policières. Nous, quand on est convoqués par la police, on n’a pas d’immunité ouvrière, désolé, on y va. Le système vous protège…" 

Quelques heures après l'annonce de l'ouverture d'une enquête préliminaire par le parquet de Lille portant sur des soupçons d'emplois fictifs au sein du groupe FN à la région Nord-Pas-de-Calais entre 2010 et 2015, Marine Le Pen a eu du mal à se défaire de ses affaires, dénonçant une persécution judiciaire.

Emmanuel Macron s’annonçait comme la cible principale : ce fut finalement davantage la présidente du Front national, attaquée aussi par l'ex-ministre de l'Economie sur la sortie de l’Europe et de l'euro. "Le nationalisme c’est la guerre. Je viens d’une région qui est pleine de ces cimetières. (…) Vous ressortez les mêmes mensonges qu’on entend depuis quarante ans et qu’on entendait dans la bouche de votre père", s’est-il fendu devant la frontiste outrée.

L'université des jihadistes ?

Cette dernière, qui assurait que la France était "l’université des jihadistes" fera aussi les frais d’une attaque en règle de Benoît Hamon à propos du terrorisme : "Daech vous arrange, Madame Le Pen, cela vous fait prospérer… Tant qu’il y en a, vous pouvez continuer à faire votre numéro… (…) Vous manifestez à côté des pires intégristes, vous et votre nièce."  Vint ensuite le tour de Jean-Luc Mélenchon. Lorsque Marine Le Pen propose d’inscrire dans la Constitution le droit pour les Français de défendre leur patrimoine historique et culturel, Jean-Luc Mélenchon lui rétorque : "60% des Français n’ont pas de religion. Fichez-nous la paix avec la religion. Nous ne sommes pas obligés de subir vos foucades, vos trouvailles, votre manière de nous imposer à tous votre manière de vivre qui n’est pas la nôtre."

 Fillon à la peine sur le thème de l'exemplarité

Jean-Luc Mélenchon qui, selon un sondage d'après-débat, a été jugé par les téléspectateurs le plus convaincant devant Emmanuel Macron et François Fillon. Ce dernier s'est allié avec le candidat d'En Marche! lorsqu'il s'est agi de défendre l'Europe, mise à mal par une majorité de candidats dans ce débat. Pour autant, il fut difficile pour lui d'être audible lorsqu’est arrivée sur la table la thématique de l'exemplarité en politique.

Pas franchement à son aise, l’homme s'est lancé dans une anaphore très hollandaise : "Un président exemplaire est un président qui dit la vérité aux Français sur la réalité de la France et la réalité du monde. Un président exemplaire est un président qui met en œuvre les engagements qu’il a pris devant le peuple quelles que soient les difficultés. Un président exemplaire, c’est un président qui ne se sert pas des moyens de l’Etat pour affaiblir ses adversaires. Un président exemplaire, c’est enfin un président qui ne confie pas à des journalistes des secrets-défense." À l'arrivée, chaque candidat a parlé en tout 17 minutes sur quatre heures d'émission : c'est peu, à 18 jours du premier tour. Ce débat, dans l'ensemble assez digne, n'a sans doute pas beaucoup fait bouger les lignes... 

La note du brief 

13/20 pour ce débat. Treize comme le nombre de personnes autour des tables hier. Une note correcte pour un exercice démocratique inédit et peut-être unique car si un autre débat est prévu le 20 avril sur le même format, il est loin de faire l'unanimité chez tous les candidats.

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