Le brief politique, France info

Entreprises en difficulté : les limites du "quoi qu'il en coûte"

C’est l’un des angles morts du "quoi qu’il en coûte" : ces entreprises, déjà fragiles avant la crise, pour lesquelles l’Etat ne peut pas grand-chose.

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Un magasin du groupe Lapeyre à Paris le 28 mars 2011 (illustration)
Un magasin du groupe Lapeyre à Paris le 28 mars 2011 (illustration) (FABRISSA DELAVILLE / MAXPPP)

Il y a la volonté générale : protéger au maximum l’outil industriel. Et puis il y a la pratique : avec la crise, beaucoup plus de sociétés à épauler, à sauver, "particulièrement vulnérables à d'éventuelles opérations inamicales", comme l'écrivait la direction générale du Trésor il y a un an déjà. Donc il faut prioriser les dossiers.

En haut de la pile, les activités stratégiques suivies de près, les biotechnologies par exemple, ou l’agroalimentaire : on se souvient de Bruno Le Maire s’opposant au rachat de Carrefour par le groupe canadien Couche-Tard.

Ensuite, il y a ce tissu d’entreprises dont les difficultés sont directement liées aux décisions du gouvernement, commerces de première nécessité ou pas, le secteur du transport particulièrement touché. Ces boîtes sont accompagnées au nom du "quoi qu’il en coûte".

Troisième catégorie : ces sociétés qui n’allaient déjà pas bien au moment où éclate la pandémie, qu’il fallait restructurer de toute façon, et où il suffit d’une étincelle pour que tout s’embrase. Ces entreprises se plaignent de recevoir moins d’attention de la part de l’Etat. Un exemple : celui de Lapeyre et ses 3 500 salariés. Son propriétaire, le groupe Saint-Gobain, souhaite s’en débarrasser. Trois acquéreurs se sont fait connaître, et à l'automne Saint-Gobain est entré en "négociation exlusive" avec l'un d'eux, un fonds d’investissement allemand.

Craintes pour l'emploi

Les salariés soupçonnent ce fonds, Mutares, de vouloir démanteler l’entreprise. Et le cabinet d’audit qui s’est penché sur l’offre de rachat conforte leurs doutes. L’affaire a pris un tour judiciaire et politique. Les salariés se sont retournés vers un tribunal, qui a ordonné à Saint-Gobain d’être plus transparent sur la cession, et de communiquer toutes les offres, et en intégralité, aux syndicats. C'est-à-dire sans barrer les informations et chiffres essentiels des concurrents de Mutares, ce qui avait été fait précédemment.

Côté politique, une lettre ouverte a été adressée la semaine dernière à Emmanuel Macron, à l’initiative du député La France Insoumise Bastien Lachaud, pour lui demander d’intervenir face au risque d’une "restructuration à finalité spéculative" qui "entraînerait à court terme près de 1 000 licenciements."

Le texte est signé par une trentaine d’élus, dont Jean-Luc Mélenchon, mais aussi le député de droite Julien Aubert. Mais à ce stade, l’Elysée ne peut pas intervenir à ce stade. "L’Etat a un devoir d’impartialité vis-à-vis des différentes offres", dit-on du côté de l'exécutif. Le dossier est tout de même suivi de près, à très haut niveau, en raison du nombre d'emplois en jeu. De manière générale, l'exécutif veut s'éviter une flambée de plans sociaux en sortie de crise, et juste avant la présidentielle. 

Sans se prononcer sur le cas de Lapeyre, un conseiller du gouvernement précise que de manière générale, "le politique préfère les projets où le repreneur a une vision industrielle. Mais il peut agir, officiellement, que comme tiers de confiance pour mettre des gens autour de la table, ou demander au repreneur d’améliorer son offre." La marge de manœuvre est donc très limitée.

Un magasin du groupe Lapeyre à Paris le 28 mars 2011 (illustration)
Un magasin du groupe Lapeyre à Paris le 28 mars 2011 (illustration) (FABRISSA DELAVILLE / MAXPPP)