Le brief politique, France info

Emmanuel Macron réfléchit à créer un nouveau parti

Pour matérialiser la recomposition politique, Emmanuel Macron souhaite fonder un un "grand mouvement social-démocrate". Mais c'est mal parti.

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Le président Emmanuel Macron et le Haut-commissaire au Plan François Bayrou, également dirigeant du MoDem, à Pau (France) le 14 janvier 2020
Le président Emmanuel Macron et le Haut-commissaire au Plan François Bayrou, également dirigeant du MoDem, à Pau (France) le 14 janvier 2020 (GEORGES GOBET / AFP)

"La réflexion existe", reconnaît d'emblée un historique de la campagne d'Emmanuel Macron. L’idée ? Créer un parti plus grand qu’En Marche pour incarner le dépassement politique, et le rassemblement toujours plus large.

Cela revient, explique un conseiller, à engloutir les soutiens d’aujourd’hui - En Marche, le MoDem, Agir - dans "un grand mouvement social démocrate", qui pourrait accueillir, pourquoi pas après les régionales de juin, un nouveau contingent d’élus de droite. "Arriver à se regrouper, c’est mieux parce que plus lisible et donc ça permet de durer", plaide un macroniste. "Il faut une structuration forte", abonde un cadre d’En Marche, qui pointe la faiblesse du parti présidentiel.

Pourtant, l'initiative n’a aucune chance d’aboutir, en tout cas pas avant l’an prochain, notamment parce que les alliés d’Emmanuel Macron - le MoDem et Agir - n’en veulent pas.

"L'époque n'est pas favorable aux gros partis"

Certains mettent donc en garde contre une "fusion-acquisition" qui peut mal tourner. "Est-ce qu’on sera mieux tous ensemble ? Pas évident", confie un élu qui évoque des relations "jamais totalement lisses avec le MoDem." Et se pose la question de l’utilité d’un tel parti pour faire réélire Emmanuel Macron.

Stanislas Guerini, le patron d’En Marche, l'a dit au président : "Raisonner en confédération, ça ne fait pas bouger un électeur. Ceux qui pensaient qu’une bannière faisait un capital de voix ont fini à 6%", analyse aussi Guerini, référence au score socialiste en 2017, qui n’est pas le seul à soulever cet argument de l’utilité.

"L’époque n’est pas favorable aux gros partis", relève un conseiller. "Est-ce qu’on tend les bras en se regroupant, ou est-ce qu’on les referme ?" interroge le même. Plusieurs voix militent pour que ce nouveau parti voit le jour après 2022, non pas pour accompagner, mais pour acter ou matérialiser la recomposition qu’Emmanuel Macron veut mener à son terme lors de sa prochaine campagne.

L'exemple de l'UMP

L'inspiration des soutiens du président est à chercher du côté... de l'UMP, créée il y a vingt ans, en 2002, au soir du premier tour de la présidentielle. Jacques Chirac se retrouve face à Jean-Marie Le Pen, et il propose à toutes les droites de se regrouper sous la même bannière, UMP, pour former une majorité à l’Assemblée. 

L'UMP ne devient un parti structuré en tant que tel qu’après les législatives - avec un certain Edouard Philippe, alors aux manettes mais en coulisses. Et c'est bien de ce côté là qu’il faut regarder, pour un historique de la Macronie. "Comme Chirac était sûr de gagner sa présidentielle, il a pu imposer l’UMP aux autres partis en leur disant : soit on fusionne, soit vous disparaissez", relate cette voix écoutée de la majorité.

Le parallèle peut être d'autant plus facile à dresser l'an prochain que tous les sondages prédisent un second tour opposant Emmanuel Macron face à Marine Le Pen. Le président sortant espère alors forcer la main à ses alliés pour fusionner. Mais cela ne marche qu’à une seule condition : l'emporter largement face à la candidate du Rassemblement national. 

Le président Emmanuel Macron et le Haut-commissaire au Plan François Bayrou, également dirigeant du MoDem, à Pau (France) le 14 janvier 2020
Le président Emmanuel Macron et le Haut-commissaire au Plan François Bayrou, également dirigeant du MoDem, à Pau (France) le 14 janvier 2020 (GEORGES GOBET / AFP)