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Le brief éco. Baisse de taux d’intérêt aux Etats-Unis : décision économique ou manœuvre politique ?

La banque centrale américaine (la Fed) a annoncé, mercredi, une baisse de son principal taux d’intérêt. Une baisse d’un quart de point pour le ramener entre deux et 2,25%. Une première depuis onze ans. L’information peut paraître technique mais elle est loin d’être anodine.

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Réaction d\'un trader à la fermeture de la Bourse de New-York le 31 juillet 2019.
Réaction d'un trader à la fermeture de la Bourse de New-York le 31 juillet 2019. (SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

La Fed, la banque centrale américaine a annoncé, mercredi 31 juillet, une baisse d’un quart de point pour le ramener entre deux et 2,25% de son principal taux d’intérêt.

Pourquoi attache-t-on autant d’importance aux taux d’intérêt, aux Etats-Unis comme en Europe ? Tout simplement parce que les taux, c’est ce qui régule notre économie : ils permettent, par exemple, de fixer le montant des remboursements des crédits que le banquier accorde aux particuliers pour acheter une voiture, une cuisine ou un appartement ; aux entreprises pour investir. La banque centrale américaine justifie cette première baisse des taux depuis la crise de 2008 par deux raisons principales : les doutes sur la solidité de la croissance économique mondiale et l’inflation trop basse. Dans l’idéal, l’inflation (l’indice des prix), doit se maintenir autour de 2% pour ne pas détruire d’emplois. Or, nous sommes largement en-dessous aujourd’hui aux Etats-Unis (1,4%).

Décision paradoxale ?

L’économie américaine est présentée comme étant plutôt en bonne santé. La décision de la banque centrale américaine de lui donner un coup de pouce peut paraître étonnante. Les indicateurs sont positifs : croissance de 2,1% au deuxième trimestre, consommation en hausse, taux de chômage à 3,7% (au plus bas depuis 50 ans, l’économie américain est au "plein emploi"). Seule ombre au tableau : les exportations américaines reculent. La guerre commerciale que Donald Trump mène contre la Chine créé une instabilité générale, sans parler des perspectives du Brexit et des tensions sur le marché pétrolier. En résumé : en baissant son principal taux d’intérêt, la Fed prend une assurance sur l’avenir.

La Maison Blanche d’accord avec cette analyse ?

Donald Trump estime que le président de la Réserve fédérale américaine, Jerome Powell, n’en fait pas assez et qu’il devrait baisser encore plus les taux d’intérêt américains, pour favoriser les consommateurs, réduire le coût de la dette et doper la bourse. Dans un tweet envoyé tard hier soir : Trump écrit : "Comme d’habitude, Powell nous a laissés tomber… la Réserve fédérale ne m’aide pas beaucoup". Donald Trump est en campagne électorale pour la présidentielle de 2020 et a besoin d’une croissance économique forte pour se faire réélire. Quant à Jay Powell, il se défend d'avoir pris une décision politique, et essaie de ménager la chèvre et le chou. On ne lui reconnaît pas une forte personnalité par rapport à ses prédécesseurs. Tout cela sur fond de destabilisation de l’économie mondiale. L'Europe, elle, n'a pas attendu les craintes exprimées par la Fed. La Banque centrale européenne entretient des taux proches de 0% depuis un bon bout de temps déjà, et cela va continuer car la situation économique de la zone euro n’est pas non plus au meilleur de sa forme.

Réaction d\'un trader à la fermeture de la Bourse de New-York le 31 juillet 2019.
Réaction d'un trader à la fermeture de la Bourse de New-York le 31 juillet 2019. (SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)