Hausse des taux d’intérêt : pourquoi la Banque centrale européenne est sur les dents

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La réunion d’urgence de la BCE n’a pas débouché sur des mesures concrètes, si ce n’est l’ambition de mettre en place des mécanismes de contre-feu. 

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Le siège social de la Banque centrale européenne à Francfort (Allemagne). (DANIEL ROLAND / AFP)

Face à l’envolée des taux d’intérêt, la Banque centrale européenne a tenu, mercredi 15 juin 2022, une réunion exceptionnelle. Réunion non prévue à l’agenda, c’est très rare et signe que la situation se complique en Europe. L’expression d’entrée en "économie de guerre" prend là tout son sens. Cette réunion du Conseil des gouverneurs de la BCE est intervenue quelques heures avant celle de la FED, la Réserve fédérale américaine – l’équivalent de la BCE aux États-Unis – qui a décidé de relever ses taux directeurs de trois quarts de point, la plus forte hausse depuis 1994, pour lutter contre l’inflation. Les taux américains se situent désormais entre 1,5 % et 1,75%. D’autres hausses sont à venir dans les prochaines semaines. On pourrait monter jusqu’à 3,25% ou 3,5%.

Pour les citoyens, cela donne le ton pour les crédits que nous accordent les banques commerciales (immobilier, consommation, etc.). Pour les emprunts des entreprises également. Fini l’argent facile avec les taux zéro de ces dernières années. Ce qui semble inquiéter surtout les autorités monétaires, c’est l’impact sur le remboursement des dettes publiques. Plus largement, tout l’argent dépensé ces dernières années par les États peu précautionneux face à cet argent facile. L’objectif est maintenant d’éviter une concurrence entre les pays européens : entre ceux qui ont une bonne image auprès des investisseurs qui achètent la dette publique (c’est le cas des pays du nord comme la France et l’Allemagne), et ceux dont l’image est dégradée (les pays du sud, au premier rang desquels l’Italie). C’est ce que l’on appelle les "spread" : les écarts de taux. Ils sont en train de se creuser entre l'Italie, la Grèce, l'Espagne et le Portugal, notamment.

Sujet explosif

Il y a en fond de décor la fragmentation du marché de la dette souveraine en zone euro. Les États européens vont être amenés à emprunter de l’argent à des niveaux très différents en fonction de leurs capacités à rembourser avec l’immense risque de voir réapparaître le spectre d’une nouvelle crise de la dette, dix ans après celle qui avait failli faire exploser l’unité de la zone euro. Voilà où nous en sommes.

La réunion d’urgence de la BCE autour de sa présidente Christine Lagarde n’a pas débouché sur des mesures concrètes, si ce n’est l’ambition de mettre en place des mécanismes de contre feux dont aucun détail n’a été communiqué. D’évidence, le sujet complique sérieusement le début du nouveau quinquennat.

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