Une nouvelle étude jette le trouble sur les antitranspirants contenant des sels d’aluminium

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Ces antitranspirants sont suspectés de favoriser la survenue des cancers du sein. Deux chercheurs suisses viennent de montrer comment l'aluminium pourrait créer des désordres dans les cellules.

Article rédigé par
Anne Le Gall - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Un stick antitranspirant. (JOSE A. BERNAT BACETE / MOMENT RF VIA GETTY IMAGES)

Les antitranspirants contenant des sels d'aluminium sont suspectés de favoriser le cancer du sein. Selon une nouvelle étude, ces produits agiraient sur nos cellules. Stefano Mandriota et André-Pascal Sappino, du laboratoire de cancérogenèse environnementale de la Fondation des Grangettes, en Suisse, ont exposé en laboratoire des cellules de hamster (fréquemment utilisées en toxicologie), à des sels d'aluminium. Et ils ont remarqué que non seulement ces sels pénètrent dans les cellules mais qu’en plus, ils entraînent des anomalies chromosomiques, typiques de celles que l’on retrouve dans certains cancers.

Depuis les années 1960, ces sels d’aluminium sont pourtant utilisés en cosmétique pour boucher les conduits sudoripares, ce qui bloque la transpiration et les odeurs qui vont avec. Mais pour les deux scientifiques, ces ingrédients attaquent aussi les cellules mammaires et favorisent les tumeurs. Une conclusion qu’ils tiraient déjà de leurs précédentes études en 2012 et 2016, études menées en laboratoire, à la fois sur des cellules humaines et sur des souris.

Un faisceau d’indices

Mais une question se pose : peut-on comparer ces expériences en laboratoire à ce qui se passe dans la vie réelle quand on utilise un déodorant ou un antitranspirant ? Ces deux chercheurs estiment que leurs travaux apportent un faisceau d’indices suffisant pour que l’on interdise par précaution l’utilisation des sels d’aluminium (aluminium chloride, aluminium chlorohydrate, aluminium chlorydrex, aluminium sesquichlorohydrate ou encore aluminium zirconium). Mais ils l’admettent eux-mêmes : pour établir réellement un lien de cause à effet, il faudrait en réalité suivre dans une vaste étude et sur le long terme, des utilisateurs d'antitranspirants avec sels d'aluminium d'un coté et des consommateurs qui n'en utilisent pas de l'autre. Un travail malheureusement coûteux qui prendrait des années.

En face, l’industrie cosmétique continue de défendre les sels d’aluminium, en s'appuyant sur les résultats de la dernière évaluation scientifique européenne qui date de 2019, et qui indique que les sels contenus dans les déodorants ne pénètrent pas dans la peau ou alors à un niveau infime, et jugé non toxique.

Déodorant ou antitranspirant

Dans le même temps, en réponse à l'interrogation des consommateurs, on a vu fleurir dans les rayons des déodorants sans aluminium. Mais il faut bien lire les étiquettes prévient Laurence Coiffard, chercheuse en pharmacie à l'université de Nantes. Un déodorant à la pierre d’alun par exemple contient des sels d’aluminium (donc ce n'est pas une bonne alternative) et un produit sans sels d’aluminium ne bloque pas la sueur, il faut le savoir. Mais pour cette chercheuse, un déodorant n’a pas besoin d'être antitranspirant. Au vu de la balance bénéfice-risque, le mieux au quotidien est selon elle de se contenter de masquer simplement les odeurs avec un déodorant parfumé, et de n’utiliser un antitranspirant à base de sels d’aluminium qu'exceptionnellement pour les grandes occasions... ou les rendez-vous importants.

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