Talus, bas-côtés des routes, prairies : les avantages et les risques de la fauche tardive

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La fauche tardive est une pratique agricole qui favorise la biodiversité mais qui aggraverait, selon certains, les risques d’incendie. 

Article rédigé par
Bérengère Bonte - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
Un tracteur fauche le bas-côté d'une route de campagne à Mazé (Maine-et-Loire).
 (CHRISTIAN WATIER / MAXPPP)

Certains d’entre vous se demandent peut-être encore pourquoi, dans de nombreux départements, on ne fauche plus les talus, les fossés ou les prairies au printemps. On attend parfois l’été ou même l’automne. C’est ce qu'on appelle la fauche tardive. Cela profite à la nature dans son ensemble, cela laisse aux fleurs le temps de faire des graines, et aux insectes leur boulot de polinisateurs. 

Encore cet été, de nouveaux départements ou communes s’y sont mis. Le conseil municipal de Gérardmer vient de d’assortir la prime à l’hectare de 16 000 € aux agriculteurs de recommandations en faveur de cette fauche tardive. Au Luxembourg, c’est carrément le gouvernement qui leur recommande de faire le premier fauchage de l'année le plus tard possible. Même les golfs s’y mettent alors qu’on imagine qu’il faut un green sans aspérité. Il y a d’ailleurs une charte golf environnement : parmi les convertis récemment celui du Haut-Poitou à Beaumont-Saint-Cyr où la présence d’un pissenlit n’est plus perçue comme une catastrophe, mais comme un défi réjouissant. Ils vont même entamer un inventaire de la faune et de la flore.

On arrive à quantifier le gain de biodiversité : 30% de pollinisateurs en plus, en trois ans, le long des routes nationales sur lesquelles le gouvernement avait lancé une expérimentation en 2015. Depuis 2018, cette pratique a été généralisée sur les 12 000 km du réseau national non concédé. Sauf question de sécurité évidemment, dans un virage où les herbes hautes gêneraient la visibilité. Autre exemple : à Poitiers, sur les zones en fauche tardive, l’entomologiste mandaté par la municipalité a répertorié 63 espèces d’insectes différents alors que sur les espaces tondus, seulement 11.

L'agriculture impactée par la fauche tardive

Pour ce qui de l’agriculture, c’est vraiment du cas par cas. Dans les plaines du Grand Ouest, les éleveurs de vaches laitières continuent de faucher tôt et plusieurs fois dans l’année parce qu’ils ont besoin du foin pour nourrir les bêtes. Sous la pression notamment de l’industrie du lait. Mais les chercheurs de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) sont formels sur les bienfaits en plaine comme en montagne. "Ça permet de se débarrasser naturellement de certaines maladies, champignons ou insectes", explique Catherine Picon-Cochard, qui dirige l’unité Ecosystème prairial. Sur le bas-côté, d’autres insectes ou des plantes sauvages peuvent venir s’installer pour faire le ménage dans le champ voisin.

Est-ce que cela augmente le risque incendie ? Là encore, il n’y a pas de réponse simple. Quand c’est très sec, cela peut en effet faciliter des départs de feu. Après les terribles incendies de Gironde en juillet, la Fédération des forestiers privés a d’ailleurs demandé au ministre de l’Agriculture de remettre à plat toutes ces pratiques. Mais attention, dit l’Inrae,  la fauche tardive permet justement de maintenir l’humidité et la fraîcheur sur le sol, à l’ombre. 

Par ailleurs, les plantes qu’on fauche moins ne s’épuisent pas à refaire sans cesse des feuilles. Elles repoussent donc plus vigoureusement à la suite des incendies. Dernier atout : pour les gaz à effet de serre cette fois et donc le climat.  Si l’on en croit l’association des jardiniers professionnels : la fauche tardive a fait progresser sensiblement la méthanisation, la quantité de déchets végétaux générant de nombreux litres de carburant vert en plus.

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