Pourquoi l’océan Atlantique est envahi par des poulpes ?

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Les eaux de l’Atlantique se sont réchauffées de 0,8°C en l’espace de 40 ans. Ce qui pourrait expliquer cette soudaine prolifération.

Article rédigé par
Anne Le Gall - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Des poulpes pêchés dans l'Atlantique ramenés dans le port de Lorient (Morbihan). (FRANCOIS DESTOC / MAXPPP)

On note une présence massive de poulpes depuis cet été sur le littoral atlantique, Du jamais vu depuis plusieurs décennies. Jusqu'à très récemment les pêcheurs n'y débarquaient de leurs bateaux qu'une centaine de tonnes de poulpes par an. Aussi, voir cet animal sur les étals des poissonniers, à côté des bars, des sardines, et des Saint-Jacques, était assez anecdotique. Mais depuis début 2021, ces pêcheurs en débarquent dix à cinquante fois plus que d’habitude, selon les endroits, notamment en Bretagne. Une réapparition qui reste bien mystérieuse car le poulpe avait disparu de l’Atlantique depuis le début des années 1960, indique-t-on à l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (l'Ifremer) à la suite de de l’hiver très froid de 1962-1963. 
 
Est-ce que c’est à cause du réchauffement de l’Atlantique ? C’est une piste évoquée par les scientifiques. Effectivement, les eaux de l’Atlantique se sont réchauffées de 0,8°C en l’espace de quarante ans, a confirmé Pascal Lorance, biologiste à l'Ifremer de Nantes. Mais comme les poulpes étaient abondamment déjà présents en Bretagne jusqu’au début des années 1960, dans un Atlantique froid donc, cette explication ne suffit pas.

Les coquilles Saint-Jacques risquent d'être moins nombreuses

Le poulpe profite aussi du déclin de certains de ses prédateurs. En tous cas, le retour soudain de cette pieuvre dans l’Atlantique montre à quel point les écosystèmes marins sont sensibles. Certaines grandes variations de population semblent parfois surprenantes. Cela s’est déjà produit pour les populations d’anchois, par exemple, dans le golfe de Gascogne. Ce retour du poulpe est une bonne nouvelle pour les écosystèmes dans l’Atlantique car ce n'est jamais une mauvaise chose de voir resurgir des espèces qui avaient quasiment disparu. Pour les pêcheurs c’est aussi une aubaine, car le prix du poulpe oscille autour de sept euros le kilo, avec des acheteurs en France et Espagne ou au Portugal. Mais si ces poulpes deviennent trop nombreux, gare aux coquilles Saint-Jacques et aux crustacés dont ils se nourrissent.

Car ces céphalopodes, à la fois, intelligents et  voraces, sont capables de récupérer les tourteaux, langoustes et homards en se servant directement dans les casiers de pêche. Le mystérieux retour du poulpe en Bretagne pourrait en tous cas connaître des rebondissements rapides. La durée de vie du poulpe est en effet très courte. Il vit en moyenne deux ans et il ne se reproduit qu’une fois. Si les conditions ne lui sont plus favorables, il pourrait donc de nouveau se faire plus discret à partir de 2024. 

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