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Les scientifiques alertent sur la multiplication des déchets plastiques dans les fonds sous-marins

L'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer indique que 95% des déchets plastiques flottants finissent dans les fonds marins. Aucune zone n'est épargnée.

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Les tortues de mer prennent les sacs en plastique pour des méduses, une de leurs ressources alimentaires.
Les tortues de mer prennent les sacs en plastique pour des méduses, une de leurs ressources alimentaires. (PAULO DE OLIVEIRA / MAXPPP)

Alors que le Congrès mondial de la nature se poursuit à Marseille, l’Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer) alerte sur la pollution aux plastiques dans les océans. D’autant que ces déchets ne se contentent pas de flotter à la surface, ils ont aussi colonisé les grands fonds sous-marins. On connaissait malheureusement déjà les continents de plastique, ces plaques de déchets flottants, dont la plus grande couvre une superficie équivalente à trois fois la France. Mais les scientifiques alertent aussi désormais sur une pollution moins visible : 95% de ces déchets flottants, essentiellement des emballages alimentaires et des filets de pêche perdus ou abandonnés, finissent par atterrir sur les fonds marins, souvent fragmentés en microplastiques de la taille d’un grain de riz.

Un nouveau bilan de cette pollution doit paraître en fin de semaine, après deux ans de travail avec une équipe japonaise. Et les chiffres montrent que la quantité de microplastiques dans l’océan est cinq fois plus importante que ce que l’on pensait, indique François Galgani, océanographe à l'Ifremer, qui a participé à cette étude. Aucune zone n'est épargnée : ni les grands fonds à plus de 2 000 mètres de profondeur, ni les archipels isolés, ni même les régions polaires.

Agir à la source

Dans certaines zones, un tiers de ces déchets plastiques interagissent avec la faune : certains poissons, mollusques ou tortues les avalent. Dans certaines zones en Méditerranée, 80% des tortues ont ingéré du plastique. D’autres espèces peuvent aussi être blessées par du matériel de pêche car même au fond de la mer, un filet peut tuer. Enfin, il y a un risque moins connu : celui des migrations involontaires de certaines espèces. Car ces milliards de morceaux de plastique peuvent évidemment être colonisés par des microorganismes ou des bactéries, et être transportés à des milliers de kilomètres par le courant. Au risque de perturber les écosystèmes à l’arrivée.

Il est impossible d’aller récupérer tous ces fragments de microplastiques. L’urgence est donc d’agir en amont pour éviter qu'ils ne se déversent dans l'océan comme actuellement, car c'équivalent d'un camion de déchets plastiques toutes les minutes. Il faudrait pour cela réduire les emballages et trouver des contenants biodégradables. On pourrait aussi pucer le matériel de pêche pour le récupérer plus facilement. Mais cela passe surtout par l’amélioration du recyclage pour que le plastique usagé ait une certaine valeur et qu’on ne le jette plus n’importe comment. Pour les pneus usagés, cela a déjà fait ses preuves. Évidemment, tout cela demande de la coopération internationale car au niveau mondial, seulement 10% des déchets plastiques sont recyclés.

Les tortues de mer prennent les sacs en plastique pour des méduses, une de leurs ressources alimentaires.
Les tortues de mer prennent les sacs en plastique pour des méduses, une de leurs ressources alimentaires. (PAULO DE OLIVEIRA / MAXPPP)