Environnement : des chalutiers qui polluent autant que des avions

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Selon une étude publiée dans "Nature", les chalutiers de fond relarguent le CO2 piégée dans les sédiments marins. Leur impact sur le climat est aussi important que celui de tout le secteur aérien. 

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Radio France
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Un chalutier russe (Oleg Naydenov) dans le port de Dakar (Sénégal). Photo d'illustration. (SEYLLOU / AFP)

On les appelle "les bulldozers des mers". Ces bateaux descendent leurs filets jusqu'aux abîmes. Lestés par de lourdes chaînes, ils raclent le fond marin en quête des poissons des eaux profondes (benthiques)  comme le grenadier, la lingue bleue, l'èglefin. Mais au passage, ils arrachent tout : les rochers, les coraux et aussi les sédiments qu’ils remettent en suspension. Cette technique est depuis longtemps décriée pour son impact sur l'habitat des poissons, mais une équipe de recherche internationale vient de montrer aussi qu'elle a un gros impact sur le climat et pas seulement à cause du carburant fossile utilisé par ces bateaux. 

En remettant en suspension les sédiments des fonds marins, ils relarguent aussi le CO2 qu'ils avaient piégé depuis des décennies. C'est une équipe de recherche internationale qui a montré à quel point cette technique a des conséquences non seulement sur l'habitat des poisssons mais aussi sur le climat.

L'océan c'est la principale pompe à carbone de la planète. Grâce aux courants d’eau chaude et d’eau froide qui le parcourent, mais aussi grâce au phytoplancton. Ces petites bêtes captent le CO2 pour former leur coquille, et le plancton végétal en capte aussi par photosynthèse, un peu comme les plantes. Ces organismes se font ensuite manger par les poissons. Ainsi quand un poisson meurt, il coule et emporte avec lui le CO2 au fond de la mer. Finalement, venir perturber ces sédiments qui tapissent les fonds marins, revient un peu à couper une forêt et remettre dans l'atmosphère le CO2 que les arbres avaient capté.  

Entre 0,6 et 1,5 gigatonne de CO2, autant que l'aviation

Les chercheurs qui signent cette étude ont en fait superposé les données sur les quantités de carbone piégées dans les fonds marins et celles sur les lieux de pêche de ces chalutiers, données par l'ONG Global Fisheries Watch. Ils estiment qu’en tout ils relarguent chaque année près d’une gigatonne de CO2 ( entre 0,6 et ,1,5), soit autant que tout le secteur aérien. C’est 2,8% des émissions mondiales.

Leur étude publiée le mois dernier dans Nature montre aussi que ce problème ne se concentre que sur 4% des océans et pour quelques pays comme la Chine, la Russie, mais aussi des États européens dont la France. Remonter les filets de quelques bateaux permettrait donc de faire d'une pierre deux coups, pour aider le climat et la biodiversité.  
 
 

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