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Covid-19 : le vison dans le viseur des chercheurs chinois

Dans un article du journal "Science", deux virologues proposent de faire des investigations dans les milliers d’élevages de visons en Chine.  

Un vison dans une cage de l\'élevage de visons à Montarlot-lès-Rioz (Haute-Saône). Photo d\'illustration.
Un vison dans une cage de l'élevage de visons à Montarlot-lès-Rioz (Haute-Saône). Photo d'illustration. (JEAN-FRANÇOIS FERNANDEZ / FRANCE-BLEU BESANÇON)

Shi Zengli est  surnomée "batwoman".  Il s'agit d'une éminente chercheuse, diplômée de l’université de Montpellier, qui travaille à l’institut de virologie de Wuhan. Elle a identifié, l'an dernier, la provenance du coronavirus chez la chauve-souris. Dans cet article au journal scientifique, elle estime qu’il faut faire des investigations rétrospectives, c’est-à-dire sur des échantillons faits avant la pandémie, dans les nombreux élevages chinois de visons mais aussi de chiens viverrins et de renards, afin de vérifier lequel peut être l’hôte intermédiaire entre l’homme et la chauve-souris. Notamment dans la province du Shandong, temple mondial de la fourrure, et qui compte près de 3 000 élevages. 

Des animaux qui éternuent

Si les chercheurs soupçonnent ces animaux, c'est parce que les chauve-souris nichent dans les toits des hangars où s’entassent des centaines de milliers d’animaux. Elles défèquent sur les cages propageant ainsi les pathogènes. Un scénario bien connu, que d'ailleurs Steven Soderbergh a repris dans son film Contagion. En plus, les mustélidés, comme le vison, ou le chien viverrin, éternuent et se transmettre très facilement le virus. Ils peuvent aussi le transmettre aux hommes, c'est d'ailleurs pour ça qu'il y a eu des abattages massifs dans les élevages européens. S'ils sont élevés pour leur fourrure, ces animaux fournissent aussi de la viande, vendue sur le marché de Wuhan.

Une enquête du journaliste scientifique Yves Sciama, et de Yann Faure sur le site Reporterre, retrace comment ces élevages avaient déja été des bouillons de culture et des lieux de contamination de différentes maladies avant cette pandémie, par exemple en 2016 avec la grippe H5N1. Autre fait troublant : la Lombardie, point de départ de l’épidémie en Europe au printemps dernier, abrite la moitié des élevages de visons d'Italie. Mais une coïncidence n’est pas une preuve scientifique, il faudrait en avoir le cœur net.  

Une enquête de l'OMS qui peine à démarrer

Si la Chine vient d'accepter l'entrée des enquêteurs de l'OMS sur l'origine du virus - ils devraient pouvoir entrer sur le territoire chinoise jeudi 14 janvier - elle a plutôt traîné des pieds jusqu'à présent. Aujourd’hui, les travaux des chercheurs chinois doivent passer les filtres d’un comité de propagande, semant le doute dans la communauté scientifique. Lors du sommet One planet organisé en visioconférence lundi 11 janvier à l’Elysée autour de la Banque mondiale, la France et les Nations-Unies, plusieurs pays vont lancer une coalition de recherche appelée Prézode, pour prévenir l’émergence de maladies zoonotiques. C’est-à-dire celles qui naissent près des zones déforestées, entre la faune sauvage et domestique. Une sorte de vigie des futures pandémies.  

Un vison dans une cage de l\'élevage de visons à Montarlot-lès-Rioz (Haute-Saône). Photo d\'illustration.
Un vison dans une cage de l'élevage de visons à Montarlot-lès-Rioz (Haute-Saône). Photo d'illustration. (JEAN-FRANÇOIS FERNANDEZ / FRANCE-BLEU BESANÇON)