Comment les insectes parviennent-ils à se repérer dans les airs sur des milliers de kilomètres ?

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C’est une première mondiale qui éclaire d’un jour nouveau la migration des insectes qui se déplacent par milliards sur la planète : des chercheurs ont réussi à les suivre en avion. Et on découvre des plans de vol extrêmement contrôlés. 

Article rédigé par
Bérengère Bonte - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Un papillon monarque. (PHILIPPE CLÉMENT / MAXPPP)

Qu’il s’agisse des migrateurs stars, comme le papillon monarque, ou de tous les autres si essentiels à la vie humaine et à l’environnement tels le criquet, le moustique ou l’abeille, cela fait à peu près 100 ans que les chercheurs pensaient qu’ils se laissaient ballotter par les vents. Incapables de choisir leur direction. Ils ont beau être les plus nombreux sur les routes, leur migration reste la forme la moins comprise de déplacement d'animaux à longue distance. Et pour cause : comme le dit le premier auteur Myles Menz de cette étude publiée dans Science, "Ils sont trop nombreux pour être marqués et retrouvés et trop petits pour transporter des dispositifs de repérage."

Les chercheurs de l’institut Max Planck du comportement animal à Constance en Allemagne avec ceux de l’université d'Exeter en, Angleterre, se sont concentrés sur le sphinx à tête de mort, un grand papillon (6 cm) qui a une sorte de crâne dessiné sur l’abdomen – migrant nocturne qui parcourt jusqu'à 4 000 kilomètres entre l'Europe et l'Afrique chaque année – et qu’on appelle multigénérationnel, car les papillons se relaient mais ne survivent jamais à tout le parcours.

Maintenir le cap

Concrètement, les chercheurs ont élevé des chenilles en laboratoire pour être sûrs qu’elles arrivent vierges de toute expérience. Ils ont fixé des balises radio ultra légères, 0,2gr, à peine 1 % de leur poids d’adulte, c’est-à-dire moins que ce qu’ils mangent chaque nuit. Et ils ont attendu que les papillons s’envolent.

En en suivant 14 chaque nuit sur 80 km (c’est à dire quatre heures),  tout ça depuis un petit avion Cessna équipé d’antennes qui relevaient leur position toutes les cinq à 15 minutes en direction Sud/Sud-Ouest depuis Constance vers les Alpes, puis la méditerranée et l’Afrique du Nord-Ouest. Ce qui a stupéfaits les scientifiques est que les papillons n’attendent pas les vents favorables : ils adaptent leur stratégie. En cas de vents contraires ou de travers, ils volent à ras du sol un peu plus vite pour contrôler la trajectoire, et quand ça se calme, ils remontent et ralentissent. Et avec ça, ils maintiennent leur cap toute la nuit.

Ce type d’expérience sert déjà à mettre au point ce dispositif qui permet le plus long suivi en vol jamais réalisé et ils vont évidemment s’en resservir pour comprendre comment ces insectes s’orientent. Peut-être bien avec une sorte de boussole interne, visuelle et magnétique, d’après des travaux réalisés en laboratoire. Plus globalement, c’est essentiel de comprendre ces déplacements, notamment pour s’adapter au dérèglement climatique. Certains papillons particulièrement sensibles aux changements brutaux de températures doivent absolument trouver un moyen de se refroidir ou se réchauffer ou alors de s’enfuir. On le voit avec la canicule cet été. Et ça a forcément des conséquences sur beaucoup d’écosystèmes localement.

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