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La poussière primordiale de notre monde

Hervé Poirier et Mathilde Fontez, rédacteurs en chef au magazine scientifique Epsiloon, seront cette année au rendez de nos weekends pour évoquer les grandes découvertes scientifiques de notre époque. Aujourd'hui, Hervé Poirier évoque la matière primordiale de notre monde qui vient d'être décrite pour la première fois. 

Article rédigé par franceinfo - Hervé Poirier
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Cette photographie publiée par l'Agence japonaise d'exploration aérospatiale (JAXA) via Jiji Press le 13 novembre 2019 montre l'astéroïde Ryugu après que Hayabusa2 a quitté son orbite autour d'un astéroïde lointain et s'est dirigé vers la Terre. (HANDOUT / JAXA / AFP)

C’est un moment vertigineux : pour la première fois, on voit la matière primordiale de notre monde. On voit à quoi ressemblait la poussière qui flottait dans notre petit coin d’Univers, bien avant qu’elle ne s’assemble pour donner naissance au Soleil, il y a 4,5 milliards d'années, puis à la Terre et aux autres planètes.

Cette poussière a été prélevée en 2019 sur un astéroïde, Ryugu, situé à plusieurs centaines de millions de kilomètres d’ici. Les 5,4 grammes récupérés par la sonde Hayabusa2, de l’agence spatiale japonaise, ont été ramenés sur Terre fin 2020. Et il a fallu attendre le travail conjoint de plusieurs centaines d’astrochimistes pour en connaître la composition, qui vient d’être publiée.

Les chercheurs sont soulagés : oui, comme attendu, ces grains de matière particulièrement fragiles ont été très délicatement conservés dans leur état d’origine par l’astéroïde. Quelques rares types de météorites tombées sur Terre nous avaient déjà apporté de tels vestiges présolaires. Mais il était difficile de savoir si ces matériaux n’avaient pas subi des altérations lors de leur chute. Ici, la matière est dans son état originel, brut, protégée des altérations chimiques et des rayons du Soleil par l’astéroïde gelé, né aux confins de notre système.  

Cette photo fournie le 24 décembre 2020 par l'Agence japonaise d'exploration aérospatiale (JAXA), montre des échantillons de sol, vus à l'intérieur du compartiment A de la capsule ramenée par Hayabusa2, à Sagamihara, près de Tokyo. (HANDOUT / AFP)

À quoi ressemble cette matière primordiale ?

Des graphites, des oxydes, des silicates, des composés organiques… Les 57 grains présolaires repérés se distinguent des autres matériaux par leurs compositions isotopiques très anormales, c’est-à-dire par le nombre singulier de neutrons présents dans leurs atomes, en particulier ceux d’oxygène et de carbone. Et leur analyse permet de reconstituer les phénomènes astrophysiques antédiluviens qui ont façonné notre monde.

Ici, on voit un grain de poussière née d’une super-nova : c’est la trace pure de l’explosion d’une grosse étoile, qui a enrichi l’espace interstellaire, puis la nébuleuse à l'origine du Système solaire. Là, deux autres grains de poussière riches en oxygène sont les vestiges d’étoiles plus petites.

L’analyse approfondie de ces grains et de leur abondance ne fait que commencer. C’est une occasion unique pour faire revivre ces étoiles, depuis longtemps disparues. Avec ces grains de poussière, c’est la préhistoire de notre monde qui commence à s’écrire. L’histoire du monde d’avant.

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