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Roland-Garros : qui est la Russe Daria Kasatkina, pro LGBT, antiguerre et pourtant huée à Paris ?

L’intrus de l’actu donne chaque soir un coup de projecteur sur une personnalité qui aurait pu passer sous les radars de l’actualité.
Article rédigé par Bérengère Bonte
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min
Daria Kasatkina à Roland-Garros, le 4 juin 2023, lors de son match face à l'Ukrainienne Elina Svitolina. (THOMAS SAMSON / AFP)

Le conflit en Ukraine continue d’être très présent dans bon nombre d’enceintes sportives. Dimanche 4 juin à Roland-Garros, la Russe Daria Kasatkina (9e mondiale et numéro 1 russe) perd contre l’Ukrainienne Elina Svitolina (192e au classement WTA qui rentre juste de congé maternité après avoir été numéro 3 mondiale). Kasatkina sait que l’Ukrainienne ne veut pas serrer la main d’une Russe à cause de la guerre dans son pays. Pour ne pas l’embarrasser, elle se dirige donc directement et intentionnellement vers la chaise pour saluer l’arbitre, sans s’approcher du filet comme c’est la coutume. Et à distance, elle applaudit la gagnante en la regardant. Svitolina, d’ailleurs, le comprend parfaitement. Elle lui répond par un pouce levé. Entre les deux joueuses, donc aucun souci. Il se trouve d’ailleurs qu’elles s’apprécient. Sauf que le public ne cherche manifestement pas à comprendre. Et se met à siffler copieusement la Russe, la croyant peut-être mauvaise perdante.

Et lundi matin, donc, Kasatkina a posté ce message sur Twitter. "Je quitte Paris très amère. Après chaque match que j’ai joué à Paris, j’ai toujours apprécié et remercié le public. Mais hier, j’ai été huée pour avoir simplement respecté la position de mon adversaire de ne pas lui serrer la main." Elle explique que ces sifflets ont été pires que la défaite elle-même. Et elle ajoute : "Aimez-vous les uns les autres. Ne répandez pas la haine. Essayez de rendre ce monde meilleur. J’aime Roland-Garros quoi qu’il arrive. À l’année prochaine." Suivi d’un drapeau français.

Ce que le public n’a pas compris, c’est que toutes les Ukrainiennes ne serrent la main ni des Russes ni des Biélorusses, depuis le début. En l’occurrence, le pire, c’est que cette Russe-là, Daria Kasatkina, prend ouvertement des positions contre la guerre de Vladimir Poutine. Et ça ne date pas d’hier. L’été dernier – elle avait 25 ans – devant un youtubeur russe assez célèbre, Vitya Kravchenko, elle avait dit tout le mal qu’elle pensait de cette guerre déclenchée en février. Qu’il ne se passait pas un jour sans qu’elle y pense et qu’elle souhaitait que cela s’arrête. Lucide, elle se désolait en expliquant : "Ce n'est pas Daria Kasatkina, 25 ans, joueuse de tennis, idiote comme un balai, qui va changer les choses." Mais elle allait même jusqu'à ne pas exclure un changement de nationalité... Et puis dans la même vidéo, elle en avait profité pour faire son coming-out et révéler son homosexualité.

Quelques heures avant la publication de cette vidéo, six députés de la Douma avaient présenté un projet de loi interdisant non pas les relations LGBTQI+ (déjà interdites depuis 2013) mais toute prise de parole sur le sujet et tout contenu LGBTQI+ au cinéma en Russie.

On s’en doute, Daria Kasatkina n’habite plus en Russie, mais en Espagne avec sa compagne Natalia Zabiiako, une patineuse médaille de bronze aux championnats du monde en 2019. Les deux amoureuses postent régulièrement des photos d’elles sur les réseaux sociaux. L'été dernier, à la suite de cette vidéo, Kasatkina s’était faite incendiée par les médias russes. La seule présentatrice à l'avoir soutenue, Sofya Tartakova, qui est aussi son attachée de presse, avait été suspendue. Et quand le youtubeur Kravchenko, en fin d'interview, lui avait demandé si elle craignait de ne plus pouvoir rentrer en Russie et revoir sa famille, elle avait fondu en larmes.

Comme joueuse de tennis, ce qui s'est passé hier est douloureux également à cause de l’histoire particulière qu’elle a avec Roland-Garros. Demi-finaliste l'an dernier, elle a surtout gagné le tournoi junior en 2014. Elle a gagné six tournois en simple à ce stade de sa carrière. Mais c'est à Paris, dit-elle, qu’elle se sent "comme à la maison". Contrairement aux Européens qui grandissent sur terre battue, en Russie, elle n’en a jamais vu avant l’âge de 10 ans. Depuis, elle adore ça. C’est sa surface préférée. Elle trouve ça très intuitif, ça permet de faire tellement de coups différents. Et son idole, depuis toute petite, c’est le prince de la terre battue, Rafael Nadal.

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