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Qui est Biniam Girmay, le prodige érythréen, seul coureur noir africain au départ du Tour cette année ?

L’intrus de l’actu donne chaque soir un coup de projecteur sur une personnalité qui aurait pu passer sous les radars de l’actualité.
Article rédigé par Bérengère Bonte
Radio France
Publié
Temps de lecture : 5 min
Biniam Girmay Hailu lors du Tour des Flandres, en avril 2023. (DAVID PINTENS / BELGA VIA AFP)

Ils seront en tout et pour tout deux Africains au départ du Tour de France 2023, samedi 1er juillet à Bilbao. Biniam Girmay sera le seul coureur noir aux côtés de Louis Meintjes un Sud-Africain blanc, son coéquipier dans l’équipe belge Intermarché-Circus-Wanty. Biniam, alias Bini, s’est fait connaître l’an dernier déjà en étant le premier coureur noir africain à remporter une étape d’un grand tour. C’était sur le Giro, le Tour d’Italie, à Jesi, sur la 10e étape. Il faut écouter le commentateur d’Eurosport s’émerveiller dans le sprint final. Bini est à la lutte avec le Belge Mathieu van der Poel. "L’histoire est en train de s’écrire" pronostique-t-il dans les derniers mètres, avec d’exulter : "L’histoire s’écrit… L’Erythrée remporte une étape d’un grand Tour !" Au franchissement de la ligne, on l’entend hurler un "Veni, Vidi, Bini" dans un joyeux détournement de la devise de Jules César qui reprend le surnom Bini… devise qui était d’ailleurs imprimée sur les T shirts des connaisseurs partout dans la ville.

Hélas pour Girmay, le Giro s’arrêtera ce soir-là, car il se blesse sur le podium : un bouchon de prosecco posé à ses pieds s’échappe et atterrit dans son œil. Le malheureux atterrit à l’hôpital et abandonne, lui qui était pourtant deuxième du classement des sprinters et que toute l’Afrique rêvait de voir au départ du Tour de France… Ce ne sera pas pour cette fois, mais ce sera bien le cas samedi.

Des débuts... sous deux noms

Biniam Girmay a aujourd’hui 23 ans. Il est né en 2000 à Asmara, la capitale… avec deux noms "Girmay" (le prénom de son père) et "Hailu" (celui de son grand-père). Un casse-tête pour l’UCI, qui lors de ses premières courses, sera parfois en peine de savoir comment l’appeler.

Très vite, il prend la roue de son cousin, qui a huit ans de plus et qui, lorsque Biniam a 12 ans, est sélectionné en France pour le Tour de l’Avenir. A 15 ans, Biniam est fasciné par le retour triomphal de Daniel Teklehaimanot, un précurseur, fêté par toute la l’Erythrée à l’issue de son propre Tour de France. Et puis à 18 ans, l’UCI déniche cette pépite lors de ses repérages en Afrique, l’envoie dans son centre de formation en Suisse, à Aigle. Il a l’âge limite autorisé pour s’inscrire à une épreuve de l’UCI. On est en 2019, et sous le maillot de la sélection érythréenne, il remporte une étape de la Tropicale Amissa Bongo, au Gabon.

Ses victoires en Afrique vont lui permettre d’être repéré par les grosses équipes. Vainqueur du Championnat d’Afrique, du Tour du Gabon, à 18 ans, le jeune érythréen bat même André Greipel, la star allemande du sprint. Il s’impose aussi sur le Tour du Rwanda, qui est une référence. Fin 2019, il est finalement embauché par l’équipe française Delco (seconde division) qui est obligée de s’en séparer pour des raisons financières, permettant aux Belges de l’équipe Intermarché-Wanty Gobert de le récupérer gratuitement. Excellente opération, y compris pour lui, qui se retrouve sur des courses importantes, devient vite leader de l’équipe et s’offre même Gand-Wevelgem en août 2022, avant de terminer deuxième du Championnat du monde espoirs.

Son coéquipier Rein Taaramäe dit de lui qu’il est "né sur un vélo", qu’il a la science infuse du vélo et que rares sont ceux qui gèrent aussi naturellement leur placement dans un sprint, faisant l’effort au bon moment. Autant de qualités naturelles chez lui. Son directeur sportif, ne disait pas autre chose dans un documentaire radio que lui a consacré RFI :

Sur ce Tour il sera donc leader de son équipe belge. Mais toute l'Afrique va le regarder comme un symbole, lui qui a été élu trois fois cycliste africain de l'année en 2020, 2021 et 2022. Bizarrement, sa victoire sur les pavés de Gand-Wevelgem était un peu passée inaperçue parce que les seules classiques retransmises à la télé érythréenne étaient Milan-San Remo et Paris-Roubaix. En revanche, sa victoire au Giro a eu des répercussions énormes. La Belgique a également adopté ce leader d’équipe, tout en le surveillant aussi du coin de l'œil. Les connaisseurs se souviennent qu’avant de battre Mathieu Van der Poel sur les pavés à Wevelgem, Biniam Girmay est aussi l'un des deux seuls coureurs à avoir battu Remco Evenepoel chez les juniors.

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