Crise énergétique : Qui est Ben Van Beurden, le patron de Shell qui réclame plus de taxes sur les compagnies pétrolières pour protéger les plus modestes ?

écouter (4min)

L’intrus de l’actu donne chaque soir un coup de projecteur sur une personnalité qui aurait pu passer sous les radars de l’actualité. 

Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Le Néerlandais Ben van Beurden, le directeur général de Shell, le 31 janvier 2019.

 (TOLGA AKMEN / AFP)

Le patron d’une compagnie pétrolière qui réclame aux gouvernements de payer plus d’impôts, ça intrigue. "C'est comme si les Daltons demandaient à Lucky Luke de les mettre en prison”, dit un peu interloqué un membre du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec). Ben Van Beurden, le directeur général de Shell souhaite que les compagnies énergétiques soient davantage taxées pour protéger les plus modestes. 

L'homme de 64 ans avait déjà fait parler de lui à la fin du premier confinement, au printemps 2020. "Alors que tous les pays relancent leur économie, c’est un moment clé. Notre société doit rester concentrée sur le principal enjeu de long terme : le changement climatique. Shell a un grand rôle à jouer. Plus que jamais, je crois que la nouvelle ambition de Shell d’être à zéro émission nette en 2050 est cruciale", déclarait-il dans une vidéo tournée dans son jardin. On entend même les oiseaux chanter. 

Une carrière chez Shell 

Le directeur général de Shell prendra sa retraite dans deux mois après 39 ans de carrière au sein de la compagnie pétrolière. Ben Van Beurden s'appelle en réalité Bernardus Cornelis Adriana Margriet. On va rester sur Ben. Sa biographie officielle précise que le Néerlandais aime lire, courir et voyager en famille, avec sa femme Stacey et ses quatre enfants. 

Ben Van Beurden est embauché chez Shell en 1983 après une maîtrise en génie chimique à l'Université de technologie de Delft, aux Pays-Bas. Il commence comme ingénieur spécialiste du gaz naturel liquéfié. Il a occupé des postes dans de très nombreux pays : Soudan, États-Unis, Pays-Bas, Malaisie, ou encore au Mexique où il sera vice-président de "Mexico Gas, Power". En 2014, il est nommé directeur général de Shell. Cette nomination suscite de la réticence car il n'est pas connu et qu’il ne vient pas de la "production", la branche noble du groupe. Mais Ben Van Beurden a un argument en sa faveur : il a redressé la division chimie de Shell en six ans. Elle contribue à cette époque à 5% du bénéfice alors que cette branche était dans le rouge depuis des années. 

Les revenus Ben Van Beurden ont souvent fait beaucoup de bruit : 24,2 millions d'euros en 2014. 17 millions de livres sterling en 2018. Son parcours n’est globalement exempt de turbulence : Ben Van Beurden est l’assistant du président de Shell, Phil Watts, de 2002 à 2004, au moment d'un gros scandale comptable pour avoir avait surestimé les réserves de pétrole du groupe. 

La proposition de Ben Van Beurden est-elle sincère ? 

Sa préoccupation pour les plus modestes et l'idée de payer plus d'impôt n’apparaît pas comme une évidence dans son parcours. Cela fait toutefois écho à un rapport publié par Shell en 2018. L'entreprise a révélé qu'elle ne payait pas d’impôt sur les sociétés en Grande-Bretagne alors qu'elle avait réalisé 656 millions d’euros de bénéfice, sur un chiffre d’affaires de 97 milliards au Royaume-Uni. Mais la compagnie avait bénéficié d’énormes remboursements fiscaux pour le démantèlement des plateformes pétrolières en mer du Nord (103 millions de dollars).

>>> Stop au double discours sur le climat" : Caroline Dennett, consultante pour Shell, démissionne et dénonce l’industrie pétrolière 

En 2021, la société a été condamnée par la justice néerlandaise à réduire ses émissions de carbone de 45 % d'ici 2030. Ben Van Beurden a qualifié le jugement de "déraisonnable". Par ailleurs, l’ONG britannique ClientEarth a engagé au début de cette année, des poursuites civiles contre Ben Van Beurden et 12 autres administrateurs de Shell : l’idée étant de les tenir personnellement responsables de ne pas avoir correctement préparé l'entreprise à une transition vers la neutralité carbone, conformément à l'Accord de Paris pour le climat de 2015. Cela serait une première. Les déclarations de ces dernières heures sont-elles liées à cela ? Impossible à dire évidemment. Les ONG interrogées sont dubitatives. L'une d'elle conclut simplement : "Il réclame d'être davantage taxé pour aider les plus modestes parce qu'il sait pertinemment que ça ne sera pas le cas". 

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.