Crise au CNOSF : Qui est Brigitte Henriques, la présidente du Comité olympique français qui claque la porte à un an des JO de Paris ?

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L’intrus de l’actu donne chaque soir un coup de projecteur sur une personnalité qui aurait pu passer sous les radars de l’actualité.
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Radio France
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Brigitte Henriquez, présidente du Comité National Olympique annonce sa démission lors d'une Assemblée Générale à la Maison du Sport Français à Paris (HERVIO JEAN-MARIE / KMSP)

Alors que les JO de Paris doivent s’ouvrir le 26 juillet 2024, dans à peine plus d’un an donc, Brigitte Henriques, la présidente du Comité national olympique et sportif français (CNOSF) a été ovationnée par l’Assemblée générale en présentant sa démission jeudi 25 mai, sans même solliciter de vote de confiance. Le signe sans doute d’une forme de soulagement. L’atmosphère était devenue irrespirable autour de l’ancienne footballeuse devenue il y a deux ans la première femme aux commandes du CNOSF. C’est l’épilogue d’une guerre ouverte depuis des mois avec son prédécesseur Denis Masseglia.

>>> La présidente du Comité olympique français Brigitte Henriques démissionne, à un peu plus d'un an de Paris 2024

Brigitte Henriques est née Brigitte Olive en mars 1971, dernière d’une fratrie de six enfants, seule fille après cinq garçons dont le dernier n'est autre que Karl Olive, aujourd’hui député de Poissy, proche d’Emmanuel Macron. Karl Olive explique qu’elle n’aurait pas pu faire un sport individuel, car avec une maman bretonne qui a grandi elle-même dans une grande fratrie, en plus très croyante, "c’était forcément un sport collectif", dit-il.

Le père, ouvrier chez Simca-Chrysler à Poissy rêve pourtant secrètement de faire de sa fille une gymnaste, un peu la Nadia Comaneci française. Sauf qu’avec ses cinq frères, elle a en permanence un ballon dans les pieds dans leur quartier de la Coudraie. Les cinq frères rêvent tous de faire carrière dans le foot, mais ils comprennent très vite que s’il doit y avoir un footballeur professionnel dans la famille, ce sera "une" footballeuse.

Karlm Olive se souvient. "Rapidement, on s'est aperçu que Brigitte avait quelque chose de plus que ses frangins ballon au pied". Elle avait "ce côté très compétitrice déjà, étant à la fois très orgueilleuse sur le terrain quand elle ne gagnait pas et cette capacité à entraîner une équipe à la victoire systématique. On passait tous les jours au moins une heure ou deux ensemble. On est à deux ans de différence à taper des coups francs, on se prenait pour Platini (on est de la génération Platini !) et on a fait ça pendant des années". 

Brigitte Henriques montre du caractère donc, et sa scolarité facile débouche sur une fac de STAPS,  les études de sport pour devenir prof d’EPS, tout en entamant une carrière professionnelle de football en parallèle. Brigitte joue d’abord à Poissy, et très vite les portes de l'équipe de France s'ouvrent. Sa première sélection date de 1988, pour un match amical contre l’Italie. Elle a 17 ans. Elle portera 31 fois le maillot bleu (15 matchs officiels, 16 amicaux). Elle est trois fois championne de France avec Juvisy, avec un premier titre à 23 ans, en 1994, puis 1996 et 1997, avant de terminer sa carrière à l'ASJ Soyaux.

Mais en parallèle elle est donc prof d’EPS. Elle passe même l’agrégation et exerce pendant une petite dizaine d'année. Quand elle raccroche les crampons, en 1999, elle passe ses diplômes pour évoluer vers des postes de dirigeante. Elle sort major de sa formation à Limoges des sportifs de haut niveau, dans la même promotion que Zidane. Elle sera entraîneuse adjointe de la formation des filles à Clairefontaine, puis manageur du PSG féminin de 2008 à 2010. Les Parisiennes décrochent d’ailleurs leur premier titre en Coupe de France avec elle.

En 2011, Noël Le Graët lui confie le poste de secrétaire général de la Fédération française de foot, en charge notamment de piloter la Coupe du monde en France en 2019. Elle est même devenue vice-présidente de cette fédération. 

Du foot à la politique

À l’époque, les conseils de Karl, passé de Canal + où il était journaliste sportif, à la politique, lui sont précieux. En 2016, elle explique au Parisien qu’elle s'est "inspirée" des méthodes de son frère pour assurer la promotion du foot féminin et de cette Coupe du monde. "Lorsqu'il était en campagne politique, il était omniprésent sur le terrain pour aller à la rencontre des habitants, moi, j'ai sillonné toute la France pour m'entretenir avec les présidents des clubs." 

Elle se présente à la présidence du CNOSF en 2021. Déjà présente dans l’organigramme, elle y est largement incitée par les patrons de fédération de basket ou de cyclisme avec le soutien du président Denis Masseglia qui en était à son troisième mandat. Elle lui succède donc, élue face à Thierry Rey le judoka ou encore Patrice Martin le champion de ski nautique. En ligne de mire : les JO de Paris ! Le deuxième rêve de sa vie, après celui de disputer une Coupe du monde de foot.

Finalement, elle n'aura fait ni l'un ni l'autre. Car depuis un an, une guerre interne s'est installée avec des soupçons de mauvaises pratiques financières dans tous les camps, le tout sur fond d'une vieille affaire de soutien que Brigitte Henriques avait apporté en 2018 (à la Fédération de football) au président de la ligue du centre, par la suite condamné pour harcèlement moral et sexuel. Ces derniers jours, Denis Masseglia avait même annoncé son intention de déposer de plainte au parquet national financier (PNF) pour abus de confiance visant la mandature de Brigitte Henriques. 

Quand on demande finalement au grand frère : de la politique ou de la gouvernance sportive, laquelle des deux est la plus violente ? Le député de Poissy a refusé de trancher.

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