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L'Europe fâche (encore et toujours) au Parti socialiste

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Simple posture de l'aile gauche du parti, ou vraie confrontation sur un sujet historiquement sensible ? En tout cas, les divergences s'affichent au grand jour.
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Radio France
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Il y a d'abord cette convention du Parti socialiste sur
l'Europe, qui se tiendra le week-end prochain à la Mutualité à Paris, et qui se
prépare dans la douleur. Certes, les militants ont adopté la semaine dernière à
la quasi-unanimité le texte concocté par la direction du PS, qui plaide pour
une réorientation de l'Europe face aux conservateurs et pour une Europe de la
croissance, au rebours des politiques d'austérité qui aggravent la crise.

Une base commune trop tiède, selon la gauche du parti, qui a
déposé des amendements : suspension du pacte de stabilité, contrôle des
gouvernements nationaux sur l'activité de la banque centrale européenne. Le
message, c'est que le parti doit aller plus loin pour dénoncer le carcan de
l'austérité.

Un gros désaccord sur le mode de calcul

Selon la direction, aucun des amendements de l'aile gauche
n'a pas obtenu plus de 30% des suffrages militants. Faux, rétorque les amis de Benoît
Hamon et Emmanuel Maurel. Une abstention, un bulletin blanc ou nul, ça n'est
pas un vote contre, et c'est pourtant ce que défend la direction.

Querelle arithmétique, et surtout politique, comme le
reconnaît le député de l'Essonne et animateur de l'aile gauche du parti Jérôme
Guedj qui juge sévèrement l'attitude de la direction du parti :

"Je pense qu'elle sur-réagit et quelle anticipe une
réaction négative. L'Elysée mène la politique de la France sur la scène et le Parti
socialiste peut aller plus loin que le gouvernement, que le président de la
République. Il ne faut pas avoir peur de son ombre.
"

La posture

"Harlem Désir a peur de son ombre ", renchérit un membre
de l'aile gauche du PS. La direction n'a pas voulu de débat sur ce sujet, tout
a été fait pour escamoter la convention. "On est dans la
posture
", dénonce de son côté la direction du parti qui estime que l'aile
gauche est déçue du score enregistré par ses amendements et qu'elle
instrumentalise le débat pour en faire un sujet de clivage. "Ces
polémiques internes sont tout à fait condamnables
", renchérit le député
socialiste de paris Christophe Caresche.

"Il y a beaucoup de postures dans cette affaire, donc il
ne faut pas exagérer les choses. Il y a toujours au PS du plus à gauche que moi
tu meurs. Donc tout cela ce sont des postures. Nous ne sommes plus dans l'opposition
et nous avons un devoir de rassemblement et de réussite.
"

Comme souvent au parti socialiste, l'affaire pourrait bien
se dénouer ce soir en bureau national et un texte de synthèse pourrait mettre
tout le monde d'accord en commission des résolutions du parti demain
après-midi. Le porte-parole du PS David Assouline appelle à l'apaisement :

"On a parlé de fraude, etc, attention les fraudes on
sait ce que c'est. Or aujourd'hui, personne ne parle de cela. Ce qui est à
souligner c'est qu'il y a une grande adhésion à une orientation et à un texte
qui fait qu'on est loin de la fracture qui avait coupé en deux les socialistes
en 2005 quand il s'agissait de l'Europe.
"

L'Europe créé la discorde au parti socialiste

Le PS garde le souvenir cuisant des déchirures de 2005 entre
les partisans du oui et les partisans du non au Traité Constitutionnel européen.
Autre occasion de déchirures, le traité de Maastricht en 1992 et le départ de
Jean-Pierre Chevènement qui critique à l'époque la "dérive gestionnaire du
PS".

Depuis l'élection de François Hollande, le sujet fâche
régulièrement. Ainsi, à l'automne dernier, une vingtaine de parlementaires
votent contre un traité européen pourtant signé par le président. Ce printemps,
plusieurs ministres font parler d'eux, en critiquant les politique d'austérité
européennes : Arnaud Montebourg, Benoît Hamon, Cécile Duflot, sans oublier le
président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, qui appelle à la
"confrontation" avec la chancelière allemande Angela Merkel. Dans la
même veine, un premier texte du parti socialiste qui, le mois dernier, dénonce
"l'intransigeance égoïste" de la chancelière allemande et plaide pour
une "confrontation politique". Jean-Marc Ayrault lui-même a dû
intervenir pour arrondir les angles avec Berlin.

Un changement de ligne

Dernière initiative en date, celle de députés socialistes
qui réclament un changement de ligne européenne et se retrouvent ce soir à l'Assemblée
nationale pour un colloque dont les invités d'honneur ne sont autres que Claude
Bartolone et Arnaud Montebourg. L'un des animateurs de ce mouvement, le délégué
national du PS François Kalfon, appelle ce matin dans les colonnes du Parisien
à "assumer la confrontation avec l'Allemagne ". De quoi pimenter
encore un peu plus la convention Europe de dimanche prochain.

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