L'interview politique, France info

Dieudonné, une clarification nécessaire

La France toute entière aura vécu, heure par heure, l'interdiction du spectacle de Dieudonné. Des questions essentielles restent posées ce vendredi matin.

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La décision exceptionnelle du
Conseil d'Etat a répondu à une situation exceptionnelle. La République a livré depuis
plusieurs semaines un combat aussi honorable qu'incertain, qui ne se résume pas
en un supposé duel des élites contre le peuple. Très peu dans la classe
politique, et au-delà, donnaient à Manuel Valls des chances d'aboutir. "Je
ne lâcherai rien
", a prévenu le ministre de l'intérieur à ses proches hier.

Les membres du Conseil d'Etat ont fait la démonstration que le droit n'était
pas figé et pouvait évoluer au regard d'une situation extrême. Le vrai souci
dans cette affaire est que nous n'aurions jamais dû en arriver là, avec une
décision prise dans la douleur. Alors que la nature des propos incriminés est
connue depuis longtemps, que les spectacles ont continué en toute impunité au
fil des mois, malgré de multiples condamnations, et que des milliers de
spectateurs ont fait le déplacement pour rien hier soir, jugeant du coup la
décision prise comme étant à la fois politique et liberticide. 

Vous voulez dire que par-delà
la polémique, le fond du problème reste inchangé ?
 

Il faut rappeler qu'il est
reproché au polémiste Dieudonné – laissons de côté le qualificatif d'humoriste
– "des propos qui n'ont plus été tenus dans une salle de spectacle depuis
la fin de la seconde guerre mondiale"
, comme le rappelle Richard Malka.
Selon l'avocat, qui a été l'un des tous premiers à monter au créneau, la
décision prise ne changera sans doute rien, dans l'immédiat, sur le terrain du
public, et ne règlera pas pour autant la question de la perte de repères de
certains esprits. Il va falloir entamer un travail de fond, non pas d'éducation
des foules, mais de simple pédagogie, un nécessaire rappel de l'Histoire et de
ses pages les plus sombres, pour expliquer où s'arrête l'humour, et où commence
le racisme, l'antisémitisme et le négationnisme. 

Le public de Dieudonné voit toujours en lui un
humoriste antisystème, et rien d'autre.
 

"Ce ne sont plus des
spectacles d'humour, mais des meetings où on diffuse de la haine
", a
martelé Manuel Valls, qui a rappelé les liens étroits qui existent entre le
polémiste et l'extrême droite française. Les spectateurs, qui ont exprimé leur
colère hier soir aux abords du Zénith de Nantes, sont-ils conscients de
plébisciter un discours dont une partie serait digne de figurer dans les
colonnes du Je suis partout de Robert
Brasillach ? Dieudonné, qui a demandé à son public de rentrer chez lui
sans provoquer d'incident, aura le loisir d'exposer librement son point de vue
aujourd'hui sur le Net, comme il l'a annoncé. Nous sommes loin du régime
totalitaire décrit par certains. 

Manuel Valls ressort grandi de ce bras-de-fer ?  

François Hollande l'a appelé
en début de soirée pour le féliciter. Le ministre de l'intérieur a commis un
lapsus hier, en déclarant : "Mon combat" , avant de
rectifier : "Notre combat, c'est celui des valeurs de la République ".
Manuel Valls, parce qu'il a su prendre des risques et n'a pas redouté
l'affrontement, a franchi un cap dans la construction de sa stature
d 'homme d'Etat. Reste l'image désastreuse d'une gauche qui serait
liberticide pour avoir interdit un spectacle. Attention : le racisme et
l'antisémitisme sont des mèches lentes. La liberté d'expression ne peut en aucune façon permettre la propagation de la
violence et de la haine, pour faire se dresser entre elles des communautés. Cette
liberté d'expression n'est pas sans limite, quand elle devient une lame qui
vient transpercer le ventre mou de la démocratie.

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