Une surveillance des câbles sous-marins serait "irréaliste", selon le président de Louis Dreyfus Armateur

écouter (8min)

Après les sabotages des gazoducs Nord Stream, Emmanuel Macron a demandé une inspection des câbles sous-marins français. "Difficile à mettre en œuvre", selon Edouard Louis-Dreyfus, le président de LDA, spécialiste de la pose et de l'entretien des câbles au fond de l'océan. 

Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Edouard Louis-Dreyfus, président du groupe Louis Dreyfus Armateurs, était l'invité de franceinfo, le 5 octobre 2022.  (CAPTURE ECRAN / FRANCEINFO)

Une surveillance des câbles sous-marins français par lesquels transite Internet serait "irréaliste", prévient mercredi 5 octobre, sur franceinfo Édouard Louis-Dreyfus, président du directoire de LDA, Louis Dreyfus Armateur, spécialiste de la pose et de l'entretien de câbles au fond des océans. Pour l'instant, il n'y a pas "d'alerte", assure-t-il. Edouard Louis-Dreyfus est également revenu sur l'activité liée à l'éolien offshore, un secteur en pleine structuration en France alors qu'Emmanuel Macron a insisté, lors de l'inauguration du champ éolien de Saint-Nazaire le 22 septembre dernier, sur la nécessité d'installer une cinquantaine de parcs éoliens au large des côtes françaises d'ici 2050.

franceinfo : Nous sommes en période de guerre. Est-ce que vous n'avez pas peur de faire fonctionner vos câbles sous-marins ?

Edouard Louis-Dreyfus : C'est un risque. On sait que des puissances étrangères ont la capacité d'aller regarder ce qui se passe au fond des océans de manière très profonde. C'est un risque. Maintenant, est-ce qu'il est réaliste de surveiller tous les câbles qui sont posés dans le monde sous les océans ? C'est assez compliqué à faire. Je pense que le mieux est encore d'être prêt, d'être équipé avec le nombre de bateaux, d'avoir du personnel qualifié, des équipages cohérents pour pouvoir aller les réparer en cas de problème.

Les bateaux, vous les avez, vous avez 12 navires câbliers. Comment réagissez-vous à la demande d'Emmanuel Macron il y a quelques jours d'inspecter les câbles sous-marins français ?

C'est assez difficile à mettre en œuvre. Les navires que l'on opère sont en fait la propriété d'Alcatel, mais ce sont nos équipages qui les opèrent et qui ont la compétence pour poser les câbles et les réparer. Pour vous donner un ordre d'idée, depuis le début de nos opérations avec Alcatel, nous avons posé 700 000 km de câbles sous les océans. Dire qu'on peut les surveiller est assez irréaliste. Par contre, on peut les réparer effectivement. Pour l'instant, il n'y a pas d'alerte.

Autre activité de Louis Dreyfus Armateurs, c'est l'éolien offshore. Après Saint-Nazaire, vous avez décroché le contrat pour la pose et la protection des câbles du champ éolien de Noirmoutier. Emmanuel Macron a promis 50 parcs éoliens en mer d'ici 2050. Est-ce que c'est réalisable à ce rythme-là ?

C'est exactement ça. Il faut que la France rattrape son retard dans les énergies marines renouvelables. La France a démarré très tard par rapport à d'autres pays, notamment au nord de l'Europe, mais en accélérant et avec beaucoup de volonté et d'ambition, je pense que c'est réalisable et rattrapable.

Comment expliquez-vous le retard pris par la France alors qu'on a quand même la deuxième zone économique maritime au monde ?

Le retard, je pense, est lié peut-être à l'ADN français, à nos habitudes. On avait un mix énergétique qui était basé beaucoup sur le nucléaire. On a peut être pris un peu de retard à chercher la transition énergétique vers d'autres moyens. D'autres pays dans le nord de l'Europe avaient moins de capacités de production d'électricité et ont été obligés plus tôt que nous de se tourner vers d'autres moyens. Et je pense que c'est lié à ça alors qu'on a les compétences.

Il y a beaucoup d'opposition sur le terrain de la part d'associations environnementales, des pêcheurs aussi. Est-ce que ça ralentit la pose de câbles pour vous ?

Ça ne ralentit pas la pose de câbles parce que lorsque nous intervenons pour la pose de câbles comme nous l'avons fait à Saint-Nazaire et comme nous le ferons à Yeu-Noirmoutier, tous les recours et les problèmes avec les pêcheurs ont été purgés. Mais c'est peut-être aussi ce qui explique le retard pris par la France. Il y eut beaucoup de recours dans l'attribution des contrats et le développement de ces champs. Je pense que petit à petit, cela va rentrer dans les habitudes des Français de voir des champs éoliens en mer. Le champ de Yeu-Noirmoutier qui va voir le jour permettra d'approvisionner en électricité environ 800 000 personnes. Ce n'est pas négligeable et la multiplication de ces champs va clairement contribuer au mix énergétique dont notre pays a besoin. À mon avis, cela va rentrer dans les habitudes.

Les pays du nord de l'Europe, le Danemark notamment, ont complètement intégré dans leur mode de fonctionnement énergétique le fait d'avoir ces éoliennes au large de leurs côtes.

Edouard Louis-Dreyfus

à franceinfo

Selon vous, on va rattraper notre retard vis à vis de d'autres pays et notamment du nord de l'Europe, et est-ce que l'on réussira à créer une vraie filière de l'éolien offshore en France ?

C'est exactement ce que l'on espère depuis dix ans. On appelle à la création de cette filière industrielle française sur les énergies marines renouvelables. Elle a démarré. On a remporté le contrat et posé les câbles du champ de Saint-Nazaire avec beaucoup de succès, à la satisfaction de nos clients. Et on s'est rendu compte qu'à travers ce champ, par capillarité, il y a eu beaucoup d'entreprises françaises qui ont bénéficié du contrat qu'on avait reçu. On a sous-traité beaucoup à des entreprises françaises et donc le contenu local économique a été très valorisant, très profitable. On fera évidemment, dans la mesure du possible, la même chose à Yeu-Noirmoutier et pour tous les autres contrats. La création de cette filière stratégique, c'est ce qui permettra à la France de rattraper son retard dans ce domaine.

Retrouvez l'intégralité de l'interview : 

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.