L'interview éco, France info

Sébastien Soriano (Arcep) : "Maintenant, chacun peut choisir son opérateur en connaissance de cause"

Le président de l'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes, Sébastien Soriano, était l'invité de l'interview éco lundi. Il est revenu sur la carte interactive de couverture de réseaux mise en ligne par l'Arcep.

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Sébastien Soriano est président de l\'Arcep. 
Sébastien Soriano est président de l'Arcep.  (RADIO FRANCE)

L'Arcep, l'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes, a permis au public lundi 18 septembre de se rendre compte de la véritable qualité des réseaux de téléphonie mobile selon les opérateurs. L'autorité des télécoms a mis en ligne une carte interactive de couverture des réseaux qui permet de voir la qualité de la couverture, opérateur par opérateur, avec une précision pouvant aller jusqu'à 50 mètres.

"C'est une information sur mesure que nous apportons" se félicite Sébastien Soriano, président de l’Arcep. "Maintenant, les Français vont pouvoir choisir leur opérateur en connaissance de cause." Sébastien Soriano salue également la hausse de l'investissement dans la téléphonie de la part des opérateurs, et préconise une limitation de la redevance qu'ils versent à l'État pour l'utilisation des fréquences mobiles.

franceinfo : que voit-on sur cette carte ?

Sébastien Soriano : On voit des nuances, là où avant on ne voyait que du couvert ou du pas couvert. Avant, vous aviez ces cartes, publiées par les différents opérateurs, avec lesquelles vous aviez l'impression que, grosso modo, toute la France était couverte. Quand vous passiez d'un opérateur à un autre, c'était un peu difficile de voir la différence. Cette belle carte qu'on avait auparavant correspond à une couverture, certes, mais une couverture limitée. Vous pouvez sans doute passer un appel, mais cela peut couper. Donc nous avons voulu montrer à quels endroits on a une bonne couverture, à quels endroits on peut passer un appel, et même, à quels endroits on a une très bonne couverture, c'est-à-dire là où on peut passer un appel depuis l'intérieur d'un bâtiment : à la maison, au travail, dans une voiture. Et ce, opérateur par opérateur. On voit donc que la très bonne couverture est bien plus limitée qu'on ne le pensait auparavant.

La belle carte à 99% de la population devient une carte à 60% environ. Cela colle au ressenti des Français qui ne comprenaient pas ce chiffre. Nous avons demandé aux opérateurs de faire des simulations, on pourrait dire que c'est du marketing, mais nous les contrôlons.

Quel opérateur offre aujourd'hui la meilleure couverture ?

Aucun. L'information intéressante que nous publions est que cela dépend de l'opérateur. Dans un endroit donné, vous pouvez avoir Orange, dans un autre, SFR, dans un troisième, Bouygues, et dans un quatrième, Free. Les opérateurs ont des couvertures différentes, qui correspondent à leurs choix historiques, leurs choix marketing. L'intérêt de publier ces cartes est d'aller regarder qui est le meilleur opérateur pour chacun, endroit par endroit, et de se faire sa propre opinion. C'est une bonne nouvelle pour les Français, qui vont pouvoir choisir leur opérateur en connaissance de cause. C'est une information sur mesure que nous apportons aux Français. Les consommateurs qui se rendraient compte que l'opérateur qu'ils ont n'est pas le meilleur pour eux, changeront peut-être d'opérateur.

Quel est le message pour les opérateurs ? "Investissez davantage dans la couverture du pays" ?

Oui, c'est un message que je porte depuis des années, et je dois dire que l'on observe un réveil de l'investissement en France, chez tous. Je veux le saluer. Les opérateurs sont passés de 7 à 8 milliards en 2015, à 9 milliards en 2016, et on espère que cela va continuer à monter. L'effort est là. Les opérateurs sont présents, mais on veut être certains qu'ils ont vraiment les bonnes incitations. Et que l'argent qu'ils mettent sur la table soit vraiment de l'argent qui aille sur les territoires, y compris les territoires qui ne sont pas nécessairement les plus denses, où ils n'ont pas forcément d'intérêt à aller. Et pour cela, ce ressort de la concurrence pour aller couvrir les moindres recoins, peut être positif.

Pour utiliser les fréquences mobiles, les opérateurs paient à l'État des redevances. Vous voulez bloquer la hausse des redevances, ce qui est une vieille revendication de leur part. Pourquoi voulez-vous leur faire ce cadeau ?

Ce n'est pas un pouvoir de l'Arcep. Je fais une recommandation. C'est au gouvernement de choisir le niveau de ces redevances, puisque les fréquences étant du domaine public, c'est la propriété de la Nation, et donc c'est le politique qui fixe ces redevances. La politique, c'est l'art des choix. Le choix est simple : est-ce que le gouvernement souhaite des redevances plus élevées, ou est-ce que la priorité pour les Français, c'est la couverture mobile du territoire ? On ne peut pas envoyer des injonctions contradictoires à cette industrie des télécoms et il y a un choix à faire. Nous suggérons que l'Arcep engage une négociation avec les opérateurs pour avoir plus de couverture, et que de son côté, l'État modère les fréquences. Il ne s'agit pas d'un cadeau. Il s'agit de ne pas profiter de la situation du secteur des télécoms, pour obtenir via des enchères des sommes importantes, qui devraient être investies dans les réseaux.

Sébastien Soriano est président de l\'Arcep. 
Sébastien Soriano est président de l'Arcep.  (RADIO FRANCE)