L'interview éco, France info

Sébastien Badault (Alibaba) : "La France doit tirer parti du tourisme chinois"

Sébastien Badault, directeur général d’Alibaba en France, a commenté sur franceinfo le développement de son groupe dans l'Hexagone : "L’intérêt, c'est de toucher ce consommateur chinois qui recherche de plus en plus de produits premium de qualité."

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franceinfoJean LeymarieRadio France

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Sébastien Badault est le directeur général d’Alibaba en France
Sébastien Badault est le directeur général d’Alibaba en France (FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

En Chine, Alibaba a battu un record de ventes vendredi 10 novembre, à l'occasion de la "journée des célibataires", grande opération commerciale annuelle. En 24 heures, les ventes ont atteint presque 22 milliards d’euros, avec de nombreuses promotions.

Le géant chinois du commerce en ligne va accélérer son développement en France. Sébastien Badault, directeur général d’Alibaba en France, a affirmé sur franceinfo que les marques françaises avaient tout intérêt à être référencées sur la plateforme, car "l’intérêt, c'est de toucher ce consommateur chinois qui recherche de plus en plus de produits premium de haute qualité".

franceinfo : Quel est l'intérêt pour les marques françaises d'être sur votre plateforme ?

Sébastien Badault : 200 marques françaises ont participé. L’intérêt est de toucher ce consommateur chinois qui recherche de plus en plus de produits premium de haute qualité. Ce n’est pas forcément des marques en particulier, c'est de la cosmétique, de la mode, l'univers de l'enfant, poussettes et alimentaire, des marques de vin... À l'année, il y a entre 250 et 300 marques sur notre plateforme (...). Le référencement sur notre plateforme coûte 10 000 dollars par an et, après, c'est un pourcentage sur les ventes, qui est entre 1 et 5 % en fonction des produits qui sont vendus. (...) L'avantage de notre plateforme, c'est que la marque vend directement au consommateur, donc il n'y a aucun risque d'avoir de la contrefaçon là-dessus. Sur la contrefaçon de manière plus large, parce qu'on a d'autres plateformes, notamment où des consommateurs vendent entre eux, on a une tolérance zéro. On met en place des garde-fous technologiques et surtout de plus en plus de partenariats avec des marques, pour pouvoir déceler cette contrefaçon et on a pris un point de vue tout à fait catégorique pour l'éradiquer, même si c'est extrêmement compliqué et difficile.

En France, les consommateurs connaissent de plus en plus le site AliExpress, une des marques du groupe Alibaba. Allez-vous développer AliExpress ?

AliExpress se développe assez rapidement déjà, c'est un peu l'inverse de ce dont on parlait : d'un côté, on essaye d'amener les marques françaises sur le territoire chinois, de l'autre côté, il y a des marchands chinois qui vont fabriquer des produits complémentaires, par exemple des coques d'Iphone. Quand vous les achetez dans le commerce, le produit est passé par trois ou quatre intermédiaires. Là, vous l’achetez directement au producteur avec des prix défiants toute concurrence. À terme, on s'est donné cet objectif de faire en sorte qu'on puisse faire venir un produit d'un endroit à un autre en 72 heures, quel que soit le type de produits, de l'Europe vers la Chine ou de la Chine vers l'Europe. (...) Quant à développer de nouvelles plateformes, (...) l'idée est de s'adapter à la demande du consommateur. Aujourd'hui, si le consommateur est content avec les plateformes qu'il a, pas besoin d'en ouvrir de nouvelles. En Chine, Alibaba est une galaxie de plateformes, faut-il complexifier la galaxie ? Pas forcément. Faut-il concurrencer Amazon en France ? Les consommateurs demandent-ils un nouveau site d'e-commerce ? Je ne pense pas. Aujourd'hui, quel que soit le type de produits, il y a 20, 30 sites sur lequel vous pouvez acheter. Y a-t-il vraiment besoin d'un nouvel acteur ? Pas forcément. Notre idée, c'est de nous placer là où il y a une vraie demande du consommateur.

Dans l'Hexagone, vous voulez développer votre système de paiement par smartphone, Alipay. À qui est-il destiné ?

Principalement aux touristes chinois. Il y en a à peu près deux millions qui viennent chaque année en France, c'est quelque chose qui va croître de manière exponentielle. Le président chinois Xi Jinping disait à Davos qu'en 2001, il y avait seulement 10 millions de voyages hors de Chine dans l'année. En 2020, il y en aura 700 millions. Le potentiel du tourisme chinois est phénoménal, il faut que la France en tire parti. L'un des principaux points de blocage, c'est le paiement. En Chine, ils sont habitués à payer avec leurs téléphones portables et Alipay est plus qu'une application de paiement, c'est une application de la vie de tous les jours. Je suis dans la rue, je cherche un restaurant, je vais regarder dans mon application pour voir les restaurants qui acceptent Alipay dans la périphérie. Ce qu'on voudrait faire, c'est permettre aux touristes chinois de bénéficier de certaines promotions dans des restaurants mais aussi dans des magasins. (...) Il y a des blocages technologiques mais qui vont être levés, notamment Ingenico avec qui on travaille, dont le dernier terminal qui va être lancé en fin d'année ou début d'année prochaine intègrera la couche de software qui permettra d'accepter Alipay pour payer notamment dans les grands magasins.

Sébastien Badault est le directeur général d’Alibaba en France
Sébastien Badault est le directeur général d’Alibaba en France (FRANCEINFO / RADIO FRANCE)