"Avec Élisabeth Borne, on était vraiment sur les sujets", salue François Hommeril de la CFE-CGC

Élisabeth Borne n'est plus Première ministre après avoir remis la démission du gouvernement, lundi. François Hommeril, à la tête de la CFE-CGC, le syndicat des cadres, revient sur son expérience avec l'ex-Première ministre.
Article rédigé par Isabelle Raymond
Radio France
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Temps de lecture : 5 min
Élisabeth Borne face à François Hommeril, lors d'une réunion à l'hôtel Matignon à Paris, le 17 mai 2023. (EMMANUEL DUNAND / POOL)

Élisabeth Borne s'est entretenue lundi 8 janvier avec le président de la République Emmanuel Macron et vient de remettre sa démission. François Hommeril, président confédéral de la CFE-CGC, le syndicat des cadres, a souvent côtoyé la Première ministre, notamment sur le dossier des retraites en 2023, et revient sur ses échanges avec elle pendant une année particulièrement houleuse.

franceinfo : François Hommeril, est-ce que vous regretterez Élisabeth Borne ?

François Hommeril, président confédéral de la CFE-CGC : Oui, probablement parce que je fais mien ce dicton bien connu "on sait ce qu'on perd, on ne sait jamais ce qu'on trouve". J'estime qu'on a fait du bon travail avec Élisabeth Borne, même si sur le fond, on a été d'accord pratiquement sur rien. La forme, vous savez, ça compte aussi beaucoup dans le travail qu'on a à faire, dans le mandat qu'il faut qu'on respecte. Et avec Élisabeth Borne, j'estime qu'on a fait du bon travail et qu'on s'est bien respecté, parce qu'on se connaissait bien.

Et si vous deviez retenir une seule chose du bilan économique et social du gouvernement Borne ? Qu'est-ce que ce serait ?

C'est très difficile de séparer le bilan du gouvernement Borne du bilan du président Macron, tant aujourd'hui en France il est difficile de séparer ce qui est du domaine du président de la République et le domaine de la Première ministre. Emmanuel Macron lui-même reprend à son compte tout un tas de thématiques et les gère directement depuis l'Elysée. Donc ce ne serait pas très juste de dire que le bilan économique, qui n'est pas très bon, pour tout vous dire, est à la charge de Élisabeth Borne.

Élisabeth Borne soignait les syndicats, les partenaires sociaux que vous êtes. Elle prenait régulièrement son téléphone et elle vous parlait directement ?

Tout à fait, je le confirme. Vous savez, la vie politique, on l'observe et parfois on est un peu étonné par ce qu'il se passe. Ce qu'il y avait de bien avec Élisabeth Borne, c'est qu'elle n'était pas en recherche d'une communication particulièrement tapageuse pour pouvoir se faire bien voir du château de l'Élysée ou de l'opinion, et faire avancer sa carrière, même si elle a fait une carrière tout à fait honorable. Au moins quand on discute avec elle, on discute au fond des sujets. Elle a une équipe aussi avec laquelle on travaille beaucoup et très bien, avec l'ensemble des personnes qui constituent son équipe. On a l'impression qu'on est vraiment sur les sujets, même si là encore, je vais le rappeler une troisième fois, On est d'accord sur très peu de choses en fait, et on sait que ses marges de manœuvre sont très faibles.

Élisabeth Borne vous a fait sortir dans la rue en intersyndicale sur la réforme des retraites quand même.

Oui, bien sûr, la réforme des retraites, c'est quand même le dossier emblématique de 2024, le dossier sur lequel on n'était absolument pas d'accord sur la façon d'organiser les choses. On ouvre aujourd'hui la négociation, par exemple sur l'emploi des seniors. Pour nous, à la CFE-CGC, c'était le sujet principal, celui qu'il fallait ouvrir avant de décaler l'âge légal de 62 à 64 ans. Il fallait regarder pourquoi la France est une exception dans l'OCDE aujourd'hui. Une exception qui veut que les entreprises ne conservent pas les salariés au-delà d'un certain âge. Disons que, au-delà de 55 ans, on entre dans la zone de danger. Les grandes entreprises vous considèrent comme étant persona non grata à partir de 58 ans. Donc on a on a un vrai problème français, qui évidemment a un impact sur la question des retraites et de leur équilibre.

Et ce doit être la priorité du gouvernement, l'emploi des seniors, à votre avis ?

Bien sûr, c'est une priorité absolue. Il faut changer les mentalités, il faut changer le discours, envoyer des messages clairs. Qu'est ce qui se passe aujourd'hui ? En fait, on sait qu'une personne, au-delà de 55 ans, met deux fois plus de temps à retrouver un travail. Et encore, en général, c'est un travail qui correspond très rarement aux capacités, à l'expérience, voire à la volonté des gens. Ça, ce sont des données, c'est statistique.

Donc vous espérez que le nouveau gouvernement prendra à bras-le-corps cette question de l'emploi des seniors ? Ce doit être la priorité numéro un du nouveau gouvernement ?

Bien évidemment, c'est une priorité, entre autres. Mais moi, ce que j'aimerais, c'est qu'il change quand même un peu de façon de faire. Là, pour le coup, je ne parle pas forcément du dossier du Premier ministre, mais des déclarations que Bruno Le Maire ou Olivier Dussopt au ministère du Travail ont faites récemment, c'est-à-dire des gens qui pensent qu'en tapant sur les chômeurs, ils retrouveront plus vite du travail comme si c'était de leur faute. Cette difficulté à retrouver du travail, au-delà de 55 ans n'est bien sûr pas de leur faute ! Les gens, à 55 ans, ils veulent retrouver du travail dans de bonnes conditions. Il faut les aider pour ça et ne pas leur taper sur la tête, en leur enlevant les moyens de subsister pendant cette période si difficile.

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