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Kiem Van Pham, 95 ans, ancien tirailleur indochinois, "humilié" par la France

Cet ancien soldat, également résistant, se heurte à l'administration.

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Kiem Van Pham a 95 ans. Il habite Marseille. Il a un rêve. Avant de mourir, il voudrait voir sa petite nièce, qui s'appelle Minh, et qui est sa dernière parente au Vietnam. Kiem Van Phan est trop fatigué pour faire le voyage. Il a donc invité Minh chez lui, à Marseille. Il voudrait lui montrer la ville qui devient cette semaine, pour un an, capitale européenne de la culture. Pour venir, Minh a économisé. En vain. Le consulat de France à Ho-Chi-Minh-Ville refuse de lui accorder un visa de court séjour.

Sur le site de La Provence, Sophie Manelli raconte le destin de Kiem Van Phan, né dans le Annam, en 1918 ou en 1919. A l'époque, la région est encore une colonie française. Kiem Van Phan se sent lié à la France. En 1939, au début de la guerre, il s'engage dans l'armée, comme vingt mille Indochinois. Pendant cinq semaines, il voyage dans la cale d'un bateau. Il débarque à Marseille. Il part pour la Normandie. Il se bat sur la ligne de front et il est capturé. Pendant trois ans, il est prisonnier au stalag, en Allemagne et en France, dans des camps "réservés aux Indigènes". Les conditions de détention sont très difficiles. Le jeune homme est transféré à Saint-Dizier. Il réussit à s'évader. Il rejoint un réseau de résistance. Il s'y engage pendant sept mois, jusqu'en septembre 1944. Là, il demande à être réintégré dans l'armée. Il participe à la libération de Colmar et de Strasbourg, puis à l'occupation de l'Allemagne, dans la région de Coblence. Kiem Van Phan devient sergent, jusqu'en 1946 lorsqu'il est démobilisé. C'est le début de la guerre d'Indochine. Le jeune homme refuse d'aller se battre contre les siens.

Le journal La Provence raconte qu'a l'époque, ses
papiers d'identité portent la mention "Français d'origine indigène". En
1958, quand l'ancien soldat veut les faire renouveler, on lui répond
qu'il est... étranger, puisque la décolonisation est passée par là. Kiem
Van Phan multiplie les démarches. Lui qui s'est battu pour la France,
il doit attendre six ans pour récupérer la nationalité française. Il se
sent humilié. Aujourd'hui, lorsque
l'administration refuse de laisser sa petite-nièce venir à Marseille,
même pour un court séjour, il ressent la même amertume. Dans l'article
de Sophie Manelli, le fils de Kiem Van Pham le résume à sa façon : "Mon
père a beau être Français, pour l'administration il reste un niah-koué".
Ce fils vient d'écrire à François Hollande. Il va joindre à la lettre
les insignes de l'Ordre du Mérite que l'ancien soldat a reçus il y a
quelques années. Il espère une réponse. 

Cette histoire, c'est aussi un livre: "Kiem Pham Van, l'évadé des
Annexes" de Guy Scaggion, édité par Les Dossiers d'Aquitaine.

 

Et c'est un film: "Oubliés et trahis" de Violaine Dejoie-Robin et
Armelle Mabon, sur les prisonniers indigènes durant la Seconde Guerre
mondiale:

 

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