Primé pour ses 40 ans de carrière, le photographe Edward Burtynsky dédie son prix à ses collègues ukrainiens

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Né au Canada de parents Ukrainiens, ce spécialiste de la photographie des paysages industriels a reçu son prix mardi lors de la cérémonie des Sony World Photography Awards à Londres et a salué "le travail primordial" de ses collègues en pleine guerre en Ukraine.

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Radio France
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Edward Burtynsky, photographe canadien. (MIKE COPPOLA / GETTY IMAGES NORTH AMERICA via AFP)

Déjà multi-récompensé, Edward Burtynsky a reçu mardi un prix pour l’ensemble de sa carrière. Il a passé plus de quarante ans à parcourir la planète pour immortaliser des paysages créés par les humains, mais éloignés des yeux du monde : des mines à ciel ouvert, des sites d’extraction de pétrole, des décharges. Des lieux rebutants que le travail d’Edward Burtynsky, 67 ans, parvient à magnifier pour mieux nous interpeller.

Cela donne le delta du Niger, pollué par des fuites continues de pétrole qui serpentent sur le fleuve en reflets irisés. Ou encore cette mine de lithium au Chili, cœur des batteries des voitures électriques, et ses centaines de bassins d’évaporation qui forment un superbe camaïeu jaune et bleu.

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Edward Burtynsky documente les tortures que nous infligeons à la Terre : son travail a été exposé dans une cinquantaine de musée partout dans le monde. C’est ce que récompense ce prix, décerné lors de la cérémonie des Sony World Photography Awards à Londres, prix qu’il a partagé lors de son discours avec ses collègues Ukrainiens, "parce que ce sont eux aujourd’hui qui rapportent avec courage la profanation de leur territoire et de leur peuple."

Edward Burtynsky est né au Canada de parents Ukrainiens qui ont survécu à la famine, aux collectivisations forcées de Staline, puis à l’arrivée des soldats d’Hitler, avant de fuir en 1950. 70 ans plus tard, cette guerre infligée à l’Ukraine lui est insupportable, "surréaliste, confie-t-il au Guardian, et guérir de ce traumatisme prendra des générations", comme pour la pollution des fleuves, la dégradation des sols, la déforestation.

Pour lui, le lien entre la guerre et son travail à lui, c’est l’importance d’immortaliser, d’enregistrer, de révéler. Il s’est mis à la photo à 15 ans. Pour payer ses études en école d’art, il a travaillé à l’usine, puis à la mine où ce qu’il a vu a changé sa vie. Il décide alors de photographier ce monde industriel auquel on ne pense pas quand on achète une voiture, un ordinateur, un tee-shirt.

Et puis, dans les années 2000, il est devenu le photographe d’une planète ravagée, mais "je ne veux pas accuser", glisse-t-il. "Parce que nous participons tous à fabriquer ces paysages, regardez votre frigo, votre voiture, d’où vient ce qui nous entoure ? Nous sommes tous impliqués, moi le premier."

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