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Ngozi Okonjo-Iweala, première femme et personnalité africaine à diriger l’Organisation mondiale du commerce

L'économiste a été nommée lundi par les membres de l’OMC pour un mandat de quatre ans. Et c’est la première fois depuis la création de l’institution en 1995 qu’une femme, qui plus est africaine, en prend la direction. Une évidence pour celle qui a été deux fois ministre des Finances du Nigéria et numéro 2 de la Banque mondiale.

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Ngozi Okonjo-Iweala, patronne de l’Organisation mondiale du commerce.
Ngozi Okonjo-Iweala, patronne de l’Organisation mondiale du commerce. (ERIC BARADAT / AFP)

Après neuf mois de tractations et de blocages, les membres de l’OMC ont tranché lundi par consensus et nommé l’économiste nigériane Ngozi Okonjo-Iweala, 66 ans, qui devient donc la première femme, et la première personnalité africaine à diriger l’organisation. Une petite révolution pour l’institution, au moins en termes de profil. Née en 1954, dans un petit village au sud du Nigéria, elle a assisté à l’indépendance à six ans, dans sa région natale du delta du Niger. Un lieu stratégique, politiquement et économiquement, où dans ces années-là, on a trouvé du pétrole, et où a éclaté la guerre du Biafra.

La guerre a été une période poignante. Cela m’a appris à vivre de façon frugale, et c’est ce qui a fait de moi quelqu’un qui n’a pas besoin de grand-chose pour avancer.

Ngozi Okonjo-Iweala, directrice générale de l'OMC

au magazine Forbes

Trois ans d’horreur, la famine, la malaria, et près de deux millions de morts. Ngozi avait treize ans quand les hostilités ont commencé. Elle et ses cinq frères et sœurs les ont d’abord vécues avec leur grand-mère, avant que leurs parents, futurs professeurs d’économie et sociologie, ne rentrent d’Europe où ils étaient partis étudier. "C’était une période poignante, dit-elle pudiquement au magazine "Forbes", nous ne mangions qu’une seule fois par jour, je n’allais plus à l’école, des enfants mouraient. La guerre m’a appris à vivre de façon frugale, c’est cette adolescence qui a fait de moi quelqu’un qui n’a pas besoin de grand-chose pour avancer."

Et Ngozi Okonjo-Iweala a avancé. C’est le moins qu’on puisse dire. Après la guerre, en 1973, elle est partie à 19 ans étudier aux États-Unis, brillamment, décrochant toute une série de diplômes, du MIT (Massachussetts institute of technology) à Harvard, un bachelor en sciences, un autre en arts, et le doctorat en développement économique qui lui vaut d’être appelée aujourd’hui docteure Ngozi. Et ce n’est que la première ligne de son CV. La suite est prestigieuse. Elle a travaillé 25 ans à la Banque mondiale, a été deux fois ministre des Finances du Nigéria, et siège dans des conseils d’administration aussi variés que ceux de Twitter, la banque Lazard, la fondation Bill et Melinda Gates, et une vingtaine d’ONG.

Autant dire que pour beaucoup d’acteurs économiques, son nom à la tête de l’OMC est synonyme d’espoir. En tout cas, c’est le mot qui revient le plus souvent dans la bouche de ceux qui attendent un changement de gouvernance, de vision, d’orientation, d’équilibre. Est-ce qu’elle modifiera la donne du commerce mondial ? L’avenir le dira. Ce qui est sûr, c’est que Ngozi Okonjo-Iweala amène avec elle un autre regard, fruit d’un autre vécu, d’une autre expérience que ses prédécesseurs. Celle d’une femme, noire, qui a traversé une guerre puis vécu la fragilité de la paix, dans le pays le plus peuplé d’Afrique.

Ngozi Okonjo-Iweala, patronne de l’Organisation mondiale du commerce.
Ngozi Okonjo-Iweala, patronne de l’Organisation mondiale du commerce. (ERIC BARADAT / AFP)