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Nabil Wakim, journaliste français né au Liban, raconte dans un livre comment il tente de faire la paix avec l’arabe, sa langue maternelle

Pendant son enfance à Beyrouth, Nabil Wakim parlait arabe. Mais une fois arrivé en France, à 4 ans, il a abandonné sa langue pour ne garder que le français. A 39 ans, il explique son parcours pour essayer de retrouver cette langue maternelle qu’il avait lui-même rejetée par volonté d’intégration.

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Le journaliste Nabil Wakim en août 2011 à Paris.
Le journaliste Nabil Wakim en août 2011 à Paris. (MIGUEL MEDINA / AFP)

Il y a quatre millions d’arabophones en France, mais Nabil Wakim, journaliste au quotidien Le Monde, né à Beyrouth au Liban en 1981, n’en fait pas partie. À son grand regret. Regret qu’il n’a eu que très récemment, à 38 ans, et qu’il décrypte dans son livre, L’arabe pour tous, pourquoi ma langue est taboue en France, publié au Seuil. "Il m’a fallu du temps, dit-il, pour découvrir que cette langue n’était pas qu’une langue d’immigrés, de pauvres et de marginaux". Il a fallu combattre l’idée qu’une langue serait suspecte, dangereuse. Il a fallu aussi cette question de sa fille de 5 ans : "Papa, pourquoi tu as perdu ta langue ?"

Parce que, oui, enfant, Nabil Wakim parlait arabe. Jusqu’à l’âge de 4 ans, où ses parents décident de fuir la guerre et déménagent en France. À la maison, les adultes discutent en arabe, mais à l’école, on parle français. Alors il ne retient que le nécessaire : quelques expressions de sa mère, "range ta chambre", "éteins la lumière", ou encore le nom de ses plats préférés, mais rien de plus. Une indifférence qui devient rejet à l’adolescence : il chasse tout ce qui se rapporte à la culture arabe, rechigne à passer les traditionnelles vacances d’été au Liban et subit les sermons de sa grand-mère qui ne comprend pas. Lui, il lit Zola, écoute Reggiani, et joue au Scrabble. 

Analphabète dans sa langue maternelle

C’est adulte, une fois diplômé et embauché, que le malaise lui apparaît. Impossible, par exemple, de faire un reportage dans les pays arabes, ni de lire des journaux ou comprendre un flash d’information. Et puis il y a ces situations gênantes, lorsque qu’il présente son passeport à l’aéroport de Beyrouth et que les policiers le font mariner en réalisant qu’il ne comprend rien, qu’il est, comme il le dit lui-même, "analphabète" dans sa langue maternelle.

Alors il enquête. Il réalise que, de la chanteuse Camélia Jordana à l’ancienne ministre Najat Vallaud-Belkacem, en passant par des milliers d’anonymes, il n’est pas le seul enfant d’immigrés à avoir perdu sa langue, à avoir tout effacé pour s’intégrer. Depuis quelques années, il apprend, il a suivi des cours. Mais "pour l’instant, dit-il, je n’arrive toujours pas à suivre une vraie conversation". Finalement, le fil sera peut être repris par sa fille, parce qu’il aimerait bien qu’elle découvre les mots de sa grand-mère, et qu’elle s’approprie ce sésame, cette richesse que lui n’a pas su voir.

Le journaliste Nabil Wakim en août 2011 à Paris.
Le journaliste Nabil Wakim en août 2011 à Paris. (MIGUEL MEDINA / AFP)