Munzir et Mustafa, un réfugié syrien et son fils sans bras ni jambes, vont être soignés grâce à une photo qui a ému des milliers d’internautes

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La cagnotte ouverte en ligne pour leur permettre d’obtenir des prothèses a récolté plus de 80 000 euros. Une clinique spécialisée à Budrio dans la région de Bologne en Italie va donc les accueillir dans quelques semaines pour les appareiller.

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Radio France
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La photographie intitulée Hardship of Life ("l'épreuve de la vie"), avec laquelle le photojournaliste turc Mehmet Aslan a remporté l'édition 2021 du Prix international de la photographie de Sienne, samedi 23 octobre. (MEHMET ASLAN / SIENA INTERNATIONAL PHOTO AWARDS)

Il y a des photos qui troublent, qui marquent, et celle-ci a été reprise absolument partout : on y voit Munzir, un père de famille de 35 ans qui joue avec son fils Mustafa, 5 ans, tous les deux riants à gorges déployées. Sauf que la jambe droite du père est amputée et repose sur une béquille, et que l’enfant n’a ni bras ni jambes. C’est le photographe turc Mehmet Aslan qui a saisi ce moment de complicité, dans un village en Turquie où la famille syrienne s’est réfugiée pour fuir la guerre, une photo qu’il a intitulée "épreuves de la vie" et qui lui a permis de remporter le Prix international de la photographie 2021 de Sienne, en Italie, en octobre. Du jour au lendemain, l’image a été publiée partout, dans les journaux du monde entier, ainsi que l’histoire qui va avec. 

L’histoire, c’est qu’en allant au marché, en 2014, Munzir a vu s’écraser juste à côté de lui une bombe, les éclats d’obus lui ont constellé la jambe, causant des dégâts irréversibles et le condamnant à l’amputation. L’histoire, c’est qu’en 2017, alors que sa femme était enceinte, une attaque au gaz chimique a frappé la ville où elle se trouvait, qu’elle s’est retrouvée sous oxygène à l’hôpital et que quatre mois après elle a accouché d’un petit Mustafa sans pieds ni mains. Quelques temps plus tard, la famille s’est réfugiée en Turquie et depuis, vit au jour le jour, avec la seule aide alimentaire distribuée par les ONG. "Tout ce que je demande, confiait le père à la Repubblica, c’est que mon fils aille à l’école et qu’il se fasse des amis, ce qui est absolument impossible aujourd’hui."

Une photo peut-elle tout changer ? La question a obsédé le directeur artistique du Prix international de la photographie, Luca Venturi, qui à force de recevoir des messages de soutien, des propositions d’aide pour la famille, a décidé d’ouvrir une cagnotte en ligne pour financer la fabrication de prothèses personnalisées pour le père et pour son fils. C’était début novembre. En 48 heures l’objectif a été atteint, et même dépassé puisque les dons s’élèvent à plus de 80 000 euros. Mustafa et Munzir vont donc faire le voyage vers la région de Bologne en Italie, où une clinique spécialisée dans les prothèses va les accueillir, et les appareiller. Alors non, les photos n’arrêtent pas la guerre, ni les injustices, mais elles les donnent à voir, à s’émouvoir, et parfois s’engager.

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