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Luke Stark, premier chercheur à refuser un prix offert par Google pour ses recherches... Et les 60 000 dollars qui vont avec

En 15 ans, Google a soutenu 6 500 chercheurs en finançant leurs recherches, notamment en intelligence artificielle. Luke Stark est le premier à décliner le don. Une décision éthique, en solidarité avec une chercheuse licenciée par le géant américain.

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Les bureaux de Google à Londres. En 15 ans, l\'entreprise a soutenu 6 500 chercheurs en finançant leurs recherches, notamment en intelligence artificielle.
Les bureaux de Google à Londres. En 15 ans, l'entreprise a soutenu 6 500 chercheurs en finançant leurs recherches, notamment en intelligence artificielle. (BEN STANSALL / AFP)

Sur les réseaux sociaux, les internautes parlent de David face à Goliath, et il y a de quoi : Luke Stark, un jeune ingénieur canadien spécialiste en intelligence artificielle, a refusé un prix décerné par Google, et surtout la récompense qui va avec de 60 000 dollars. "J’ai décliné", a-t-il écrit sobrement sur Twitter et la raison de ce refus est éthique. Dans une lettre au géant américain, Luke Stark esplique qu’il le fait en solidarité avec une autre chercheuse, de renommée internationale, une référence dans le domaine de l’intelligence artificielle. Timnit Gebru, ex-codirectrice du département "éthique et IA"de Google qui a été licenciée en décembre.

L’affaire avait fait grand bruit dans le milieu de la recherche et des nouvelles technologies parce qu’elle dénonçait les manquements de Google, les biais parfois racistes, sexistes, ou americano-centrés de ses algorithmes. Timnit Gebru posait trop de questions. Elle avait mis en garde, par exemple, contre les dangers du prochain projet de Google : le développement de ce qu’on appelle le langage naturel des robots. Il s'agit d'apprendre aux machines à lire les émotions des internautes, les interpréter, y répondre, en utilisant des données glanées sur Internet, autrement dit, tout et n’importe quoi.

"Moi, je peux le faire [refuser] parce que mes recherches sont déjà financées par mon université, mais c’est très rare en début de carrière, la majorité de mes collègues ne peuvent pas se permettre de décliner 60 000 dollars offerts par Google".

Luke Stark, chercheur en intelligence artificielle

sur Twitter

Pour ces mises en garde, Timnit Gebru a été licenciée. Des milliers de chercheurs, dont Luke Stark, se sont indignés, ont signés des pétitions, des tribunes dans la presse, sans que Google daigne s’expliquer. Alors, lorsque le jeune ingénieur a reçu la lettre de félicitation de la part du géant, il dit à CNN que la première chose qui lui est venue à l’esprit, c’était évidemment "non". Un "non" ferme, argumenté, assuré. Un non exceptionnel puisque des 6 500 chercheurs primés par Google en quinze ans, il est le premier à décliner.

"Moi, je peux le faire, écrit-il sur Twitter, parce que mes recherches sont déjà financées par mon université, mais c’est très rare en début de carrière, la majorité de mes collègues ne peuvent pas se permettre de décliner 60 000 dollars offerts par Google. C’est impossible." Manière de rappeler la précarité du métier de chercheur, les difficultés, les compromis nécessaires pour pouvoir mener à bien ses travaux. Surtout quand on travaille sur le sujet hautement sensible de l’intelligence artificielle et que le numéro un en la matière vient vous chercher. Faut-il pactiser ? Changer les choses de l’intérieur ? Ou de l’extérieur ? "D’une manière générale, répond Luke Stark, ce que l’on peut faire dans la vie, c’est ce qu’il est raisonnable de faire". Autrement dit, parfois un "non" s’avère plus raisonnable qu’un oui.

Les bureaux de Google à Londres. En 15 ans, l\'entreprise a soutenu 6 500 chercheurs en finançant leurs recherches, notamment en intelligence artificielle.
Les bureaux de Google à Londres. En 15 ans, l'entreprise a soutenu 6 500 chercheurs en finançant leurs recherches, notamment en intelligence artificielle. (BEN STANSALL / AFP)