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Les larmes de Rakesh Tikait, nouveau visage de la contestation des fermiers en Inde

Après des semaines à faire le siège de New Delhi, le gouvernement a voulu faire évacuer la place par la police mais un syndicaliste paysan, Rakesh Tikait, a refusé et s’est effondré en pleurs devant les caméras. Des larmes qui ont relancé la mobilisation des fermiers et fait de lui le leader qui manquait à la contestation.

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Rakesh Tikait, syndicaliste de la Bharatiya Kisan Union, près de New Delhi (Inde) le 28 janvier 2021
Rakesh Tikait, syndicaliste de la Bharatiya Kisan Union, près de New Delhi (Inde) le 28 janvier 2021 (HARISH TYAGI / EPA)

C’est une mobilisation de grande ampleur, et durable, contre la réforme agricole voulue par le gouvernement. Ce texte change le système des prix du riz et des céréales en ouvrant les marchés aux acteurs privés. Une dérégulation contre laquelle se battent des centaines de milliers de paysans, depuis 70 jours, faisant le siège de New Delhi, avec leurs tracteurs, campant là pour défendre la valeur de leurs récoltes, mais sans aucun leader. Jusqu’à ce qu’un témoignage émeuve plus que les autres.

Celui de Rakesh Tikait, 51 ans, venu du village de Sisauli dans l’Uttar Pradesh, et porte-parole d’un syndicat régional. Devant la presse la semaine dernière, il a fondu en larmes, littéralement. Trop de fatigue, trop de pression. Le gouvernement venait juste d’annoncer l’évacuation manu militari de la place, certains syndicats ont cédé, mais lui non. "Je ne laisserai pas tous ces paysans seuls, lance-t-il la gorge nouée, cela fait des semaines qu’ils sont là, qu’ils se mobilisent, comme eux, je veux pouvoir continuer à boire l’eau de mon puits, donc je resterai ici, jusqu’à ce qu’on nous entende, jusqu’à… mourir."

Il sèche ses larmes avec sa manche et, immédiatement, l’image est un détonateur : elle est reprise partout, dans les médias, à la télé, sur les réseaux sociaux, saluée par les hindous et les sikhs. Des centaines de fermiers prennent la route de New Delhi clamant que ces larmes sont aussi les leurs. Les larmes comme déclencheur… Un journal parle de "larmes qui revigorent", un autre "de larmes inspirantes", les portraits de celui qui est propulsé leader fleurissent, on raconte qu’avant d’être fermier, il a été policier, que son père était un grand syndicaliste, que son frère aussi est paysan. Les éditorialistes se réjouissent : enfin, cette contestation a un visage ! Et oui, pour parler d’un mouvement, il faut un nom, une incarnation.

Et puis, un évènement en entraînant un autre, trois jours plus tard, des soutiens totalement inattendus ont fait leur apparition, au premier rang desquels la chanteuse Rihanna qui s’est indignée qu’on ne parle pas suffisamment du mouvement des fermiers. Puis l’activiste Greta Thunberg, puis la nièce de la vice-présidente des Etats-Unis Kamala Harris...

Rakesh Tikait est le premier surpris, lui qui d’ailleurs a reconnu ne pas savoir qui était Rihanna. À la fin, Rakesh Tikait n’est pas un saint, ni un héros, il n’a rien fait de plus que toutes celles et ceux qui campent là depuis 70 jours. C’est juste un homme d’âge mûr, barbu et costaud, qui a pleuré. Preuve que des larmes, parfois, parlent plus que de longs discours.

Rakesh Tikait, syndicaliste de la Bharatiya Kisan Union, près de New Delhi (Inde) le 28 janvier 2021
Rakesh Tikait, syndicaliste de la Bharatiya Kisan Union, près de New Delhi (Inde) le 28 janvier 2021 (HARISH TYAGI / EPA)