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"L’égalité émancipe tout le monde" : Shu Matsuo Post, le Japonais qui se revendique féministe dans un pays marqué par les inégalités

À 35 ans, ce cadre dans l’immobilier vient de publier un livre sur son éveil au féminisme. Une révélation sur les inégalités de genre au Japon qu’il a eu en voulant prendre le nom de famille de sa femme, démarche qui lui a pris des mois.

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Shu Matsuo Post et son petit garçon.
Shu Matsuo Post et son petit garçon. (CAPTURE D'ECRAN INSTAGRAM)

Se dire "féministe" pour un homme au Japon, 121e pays sur 150 dans le classement 2020 Global Gender Equality, ce n'est pas courant. Tout comme le pas que ce Tokyoïte a voulu franchir pour traduire sa parole en acte : prendre le nom de famille de son épouse. Un parcours du combattant que Shu Matsuo Post, 35 ans, raconte dans un livre qui vient de paraître et qui s’intitule J’ai pris son nom.

Shu Matsuo Post a grandi à Hiratsuka, près de Tokyo, bercé par les conseils traditionnellement inculqués à tous les garçons là-bas : "contrôle tes émotions", "ne pleure pas", "ne te comporte pas comme une fille". Fort de ces principes, il est parti à 15 ans étudier l’anglais aux États-Unis. Une expérience bilingue qui lui a permis de rencontrer quelques années plus tard sa future femme, Tina. Rapidement, tous deux décident de s’installer au Japon, et, avant, de se marier, en prenant chacun le nom de famille de l’autre.

Découverte des inégalités de genre

À la mairie de San Diego en Californie, l’affaire est pliée en 15 minutes, mais arrivés à Tokyo, la même opération leur a pris huit mois, huit mois pour obtenir l’aval de la cour des affaires familiales. Huit mois pour ajouter à son nom Shu Matsuo, celui de son épouse Post. "C’est là, raconte-t-il, qu’une banale histoire de patronyme m’a ouvert les yeux. J’ai dû changer tous mes papiers, passeport, carte de crédit, permis, avec à chaque fois des demandes de justificatifs à n’en plus finir… J’ai réalisé, en le faisant, que des millions de femmes étaient passées par là avant moi, mais qu’on n’en parlait pas. Ou, en tout cas, qu’elles en avaient peut-être parlé, mais qu’on n’a pas écoutées parce que moi, homme, ça n’est jamais arrivé jusqu’à mes oreilles."

Etre un homme féministe, c’est aussi se libérer des injonctions, du "ne pleure pas, soit fort, gagne plus que ta femme, cache tes émotions", en résumé, c’est expérimenter de nouvelles joies.

Shu Matsuo Post, auteur

au site d'actualité littéraire Author Hour

Shu Matsuo Post s’est donc mis à interroger tout son quotidien sous l’angle des inégalités de genre : des remarques sexistes de ses collègues de bureau aux scènes d’humiliations des serveuses dans les restaurants, en passant par les grilles de salaires déséquilibrées. Et puis il est devenu père, d’un garçon, et il a décidé, à la grande surprise de son employeur, de prendre un congé paternité de sept mois. Expérience que raconte aussi son livre, pour faire passer un message simple : "L’égalité émancipe tout le monde", confie-t-il au site d'actualité littéraire Author Hour.

Shu Matsuo Post et son petit garçon.
Shu Matsuo Post et son petit garçon. (CAPTURE D'ECRAN INSTAGRAM)