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L'incroyable parcours de l'Américain Daniel Ellsberg, premier lanceur d'alerte de l'Histoire

Souvent considéré comme le premier lanceur d’alerte, il avait transmis au "New York Times" puis au "Washington Post" un rapport secret du Pentagone analysant les impasses de la guerre menée au Vietnam par les États-Unis. Ses révélations avaient entraîné la démission du président Nixon et la fin de la guerre.
Article rédigé par franceinfo, Marion Lagardère
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Daniel Ellsberg en 2016. (ARNO BURGI / DPA)

Il est sans doute le plus célèbre lanceur d’alerte du XXe siècle. L’Américain Daniel Ellsberg, ancien analyste pour le ministère de la Défense des États-Unis, est mort à l'âge de 92 ans. Il a marqué l’histoire en révélant les Pentagon Papers. C’était en 1971, et l’expression "lanceur d’alerte" n’existait pas encore. Pourtant, c’est exactement ce qu’il a fait.

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Alors que la guerre du Vietnam n’en finissait plus de tuer, il a décidé de rendre public un rapport top secret produit par le Pentagone. Rapport qui, après une longue énumération des erreurs de décision de 1955 à 1971, concluait que les États-Unis ne pouvaient pas gagner, et que ses présidents successifs, prévenus depuis des années, continuaient pourtant d'envoyer des contingents de soldats, de rapatrier les cercueils et de mentir au grand public. 

Un lanceur d'alerte acharné 

Daniel Ellsberg a donc décidé de transmettre les 7 000 pages du rapport, compilées en 43 volumes. D’abord au New York Times puis, lorsque la justice lui a interdit toute publication, au Washington Post. Et quand la justice a de nouveau interdit tout article, le lanceur d'alerte l'a quand même envoyé à 17 quotidiens américains. Le scandale est retentissant, et surtout, l’État réagit immédiatement. Daniel Ellsberg est poursuivi pour vol, conspiration, espionnage ... 12 chefs d’accusation au total, et une peine possible de 115 années de prison. 

Pendant deux ans, le gouvernement Nixon va tout faire pour décrédibiliser celui que le conseiller Henri Kissinger va appeler "l’homme le plus dangereux des États-Unis". Tout faire, c’est-à-dire essayer de mettre la main sur les échanges entre Daniel Ellsberg et son ancien psychanalyste, multiplier les chantages au silence, le harceler, lui et sa famille. Mais pendant ce temps-là, les journaux font leur travail. Les 7 000 pages du rapport sont vérifiées, confirmées, étoffées même avec une autre fuite de documents, celle du Watergate.

Militant pour la transparence et la liberté de la presse 

La suite est connue : Richard Nixon démissionne, la guerre prend fin. En 1973, Daniel Ellsberg ressort blanchi et entame une autre vie, militant activement pour la transparence, la liberté de la presse, et contre l’impunité de ceux qui détiennent le pouvoir. Récemment, il a surtout soutenu un autre lanceur d’alerte, l’analyste de la CIA Edward Snowden toujours poursuivi pour avoir révélé il y a dix ans que le gouvernement américain espionnait massivement ses citoyens.

À la fin, ce que nous laisse Daniel Ellsberg, c’est un sain rappel : en démocratie, il ne faut jamais cesser de questionner le pouvoir, d’exercer son droit de demander des comptes aux gouvernants. Dans une interview qu’il a accordé au Washington Post il y a quelques mois et que le journal republie pour lui rendre hommage, il résume : "Aucune révélation ne provoque de changement par elle-même, mais d’information en information, de vérité en vérité, le courage devient contagieux."

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