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Celia Umenza, défenseuse de l’environnement en Colombie, raconte les tentatives d'assassinat qu'elle a subies

En 2020, d'après l'ONG Global Witness, 227 défenseurs de l'environnement ont été assassinés dans le monde. Le pays le plus meurtriers est la Colombie, où Celia Umenza, qui milite pour protéger la forêt primaire, a échappé trois fois à la mort.

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L\'écologiste indigène colombienne Celia Umenza à Tacueyo, dans le département du Cauca (Colombie), le 7 septembre 2021.
L'écologiste indigène colombienne Celia Umenza à Tacueyo, dans le département du Cauca (Colombie), le 7 septembre 2021. (LUIS ROBAYO / AFP)

Comme elle le fait remarquer elle-même, certes elle a échappé à trois tentatives d'assassinat, mais ça n'est pas fini, la mort rode encore autour d'elle. Celia Umenza est une activiste indigène et son combat pour protéger sa forêt, celle où vit depuis des siècles son peuple Nasa, au sud-ouest de la Colombie, dérange. Il dérange dans les grandes largeurs : des rebelles Farc aux agriculteurs, en passant par les exploitants de mines qui veulent toujours plus de terre. C'est ce qu'elle décrit à l'Agence France Presse qui l'a interrogée pour illustrer un chiffre : en 2020, 227 défenseurs de l'environnement ont été assassinés dans le monde, un record par rapport aux années précédentes d'après l'organisation Global Witness qui fait le décompte tous les ans. Et le pays le plus meurtrier c'est justement la Colombie : 65 meurtres, un tous les cinq jours.

Celia Umenza, elle, est une survivante. La première fois qu'elle a été visée, c'était en 2005, quand les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) lui ont tiré dessus. Quatre ans plus tard, c'est une bombe artisanale qui l'a projetée contre un mur. "Là, dit-elle, j'ai pensé que c'en était fini de ma vie, mais je m'en suis sortie." Et puis en 2014, la camionnette qui la ramène chez elle est criblée de balles, sans qu'aucune ne l'atteigne. "Cette année, explique-t-elle, les autorités m'ont offert un gilet pare-balles, mais je n'en ai pas voulu, marcher à pied avec ce gilet me donne l'impression d'être une cible mobile."

"Bien sûr, j'ai peur"

C'est que Celia Umenza est toujours sur le terrain. Elle est membre de la Garde Indigène qui défend les territoires autochtones, pour que personne ne viennent se les approprier, le tout sans arme, simplement avec des talkies-walkies et des bâtons.

Ces terres où vivent les peuples indigènes depuis des siècles sont très convoitées : les Farc et les groupes paramilitaires s'y enrichissent en exploitant des mines d'or illégales qui polluent l'eau des rivières. Les agriculteurs, eux, rasent la forêt pour planter de la canne à sucre, pompant beaucoup d'eau et asséchant les sols. "Notre fierté, c'est que ces derniers temps, on a réussi à empêcher l'exploitation minière, mais la faune, la flore, les forêts d'autrefois disparaissent, c'est très inquiétant."

À 48 ans, Célia Umenza a vu tomber autour d'elle beaucoup de ses amis. Elle-même est encouragée à partir par les autorités, pour sa sécurité lui dit-on. Mais elle est de ceux qui restent : "Bien sûr, j'ai peur, mais les luttes ne peuvent pas s'arrêter parce que quelqu'un meurt, conclue-t-elle, il faut toujours continuer."

L\'écologiste indigène colombienne Celia Umenza à Tacueyo, dans le département du Cauca (Colombie), le 7 septembre 2021.
L'écologiste indigène colombienne Celia Umenza à Tacueyo, dans le département du Cauca (Colombie), le 7 septembre 2021. (LUIS ROBAYO / AFP)