L'étoile du jour, France info

Aline Le Guluche a appris à lire à 50 ans et raconte sa lutte contre l’illettrisme dans un livre

Après des années de lutte contre l’illettrisme, Aline Le Guluche est retournée à l’école la cinquantaine passée, pour sortir d’une "vie de galères" et de subterfuges. Elle maîtrise désormais lecture et écriture et en a fait un livre, "J’ai appris à lire à 50 ans", paru le 1er octobre.

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !
Aline Le Guluche, à Paris, le 28 septembre 2020.
Aline Le Guluche, à Paris, le 28 septembre 2020. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Comme deux millions et demi de Français de plus de 18 ans qui se battent avec les mots, Aline Le Guluche était illettrée. "Était", puisque désormais, à 58 ans, elle sait lire et écrire. Une liberté conquise, dit-elle, "après une vie de galères", qu’elle raconte dans un livre, intitulé J’ai appris à lire à 50 ans, qui vient de paraître aux éditions Prisma.

Aline a grandi dans les Yvelines, avec sept frères et sœurs, dans une maison sans livres, la ferme de ses parents. Parce que l’école n’est pas leur priorité, elle n’y entre qu’à six ans, et très vite, les difficultés s’accumulent : elle brille en calcul, mais butte sur la lecture et l’écriture, ne comprend pas l’enchaînement des lettres et n’associe pas les sons avec les syllabes. Elle est dyslexique, un mal inconnu dans les années 60. Alors chaque heure se termine au coin, après des coups de règle sur les doigts, comme si les bleus faisaient rentrer le savoir.
Humiliée, rabaissée, elle quitte le collège sans le brevet et entre à l’usine, où enfin, explique-t-elle, personne ne lui demande d’écrire quoi que ce soit.
Pas de documents, pas de problème. Aline enchaînera ainsi pendant 35 ans les petits boulots loin des bureaux : ouvrière, puis cuisinière, et aide à domicile.

Je mentais tout le temps, même au restaurant. Pour ne pas ouvrir la carte, je disais aux autres : 'Je vais prendre la même chose que vous'.

Aline Le Guluche, autrice

AFP

Mais tout au quotidien reste une épreuve : remplir un formulaire, écrire une carte d’anniversaire, lire un menu ou les panneaux dans les transports. Sans parler des documents qu’on lui fait signer sans qu’elle puisse les déchiffrer.
Pour s’en sortir, elle invente des stratagèmes, dit qu’elle a oublié ses lunettes ou que son écriture est illisible. Une spirale de subterfuges, épuisante, stressante, dont elle décide de sortir en 2013, en poussant la porte du bureau des formations de son entreprise pour demander à apprendre à lire et à écrire. Et c’est comme ça que quelques semaines plus tard, à 50 ans, Aline est retournée à l’école, déterminée à ne plus esquiver, à s’émanciper tout simplement.

Depuis, elle s’astreint chaque jour à ouvrir un livre et écrire quelques lignes. Elle est même devenue porte-parole du programme national contre l’illettrisme… Une mission qui l’intimide, "mais il faut briser le silence, dit-elle, montrer qu’il n’est jamais trop tard, et que, quels que soient les problèmes, on peut en sortir vainqueur." Parole d’affranchie.

Aline Le Guluche, à Paris, le 28 septembre 2020.
Aline Le Guluche, à Paris, le 28 septembre 2020. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)