L'édito politique, France info

Socialistes : plus dur sera le débat

Martine Aubry avait ouvert le débat dimanche, Manuel Valls la prend au mot dans l’Obs à paraître jeudi. Le Premier ministre appelle à en finir avec la gauche passéiste et propose une maison commune pour toutes les forces progressistes. Il y a clairement un nouveau clivage au PS, mais il n’a pas si facile à définir.

(© Radiofrance)

Le premier clivage est très facile à observer, il se situe entre ceux qui participent au gouvernement et ceux qui n’appartiennent pas, ou plus, à l’équipe exécutive. Ils sont parlementaires, la majorité d’entre eux soutient le gouvernement. Mais parmi eux, les esprits critiques sont beaucoup plus bruyants et décomplexés. On y trouve même des anciens ministres comme Benoît Hamon pour lequel la politique du gouvernement - auquel il appartenait il y a deux mois - menace la République et conduit à un désastre démocratique.

Ceux qui appartiennent au gouvernement sont en revanche plus discrets. S’ils divergent désormais, c’est sur des propositions (comme Ségolène Royal proposant une vignette sur les camions étrangers). Depuis le départ d’Arnaud Montebourg et Benoit Hamon, les ministres ne contestent plus, publiquement, la ligne politique du gouvernement.

Les anciens et les modernes de Manuel Valls

Ce clivage est simple, mais il en cache un autre. Celui que décrit Manuel Valls aujourd'hui. Pour Manuel Valls, "le cycle d’Epinay" est terminé. Epinay, c’est le congrès fondateur du Parti socialiste version François Mitterrand, en 1971. Il mènera François Mitterrand au pouvoir en 1981. Mais pour Manuel Valls, il a posé un principe dépassé : "la gauche réinvente le monde dans l’opposition, puis elle gouverne de façon pragmatique, mais comme elle ne l’assume pas, elle perd les élections ".Manuel Valls veut en "finir avec la gauche passéiste, celle qui s’attache à un passé révolu ". Il préconise une gauche "pragmatique, réformiste et républicaine ". Cette gauche lui apparaît aujourd'hui divisée, morcelée et défensive. Chacun restant dans son pré carré. Pour Manuel Valls, le clivage se situe clairement entre les anciens (tournés vers leur glorieux passé) et les modernes dont il se fait le héraut. Mais pour Martine Aubry, ce clivage n’est pas le bon. Elle en suggère un autre.

Ceux qui y croient encore et ceux qui n’y croient plus

Pour Martine Aubry, et les frondeurs, Manuel Valls est un représentant d’un social libéralisme qu’ils rejettent. Il en donne trop aux entreprises, aux dépens des ménages. Il se trompe, et mène la gauche au pouvoir à l’échec. Ceux-là veulent forcer la main à l’exécutif, pour qu’il revienne dans le droit chemin socialiste. Car le vrai clivage n’est jamais avoué, ou à peine susurré.Chez les socialistes, il y a ceux qui y croient toujours, et ceux qui n’y croient plus. Ces pessimistes, ou défaitistes, préparent l’après François Hollande, ou au moins l’après Manuel Valls. Pour eux l’échec vient du contenu de la politique menée. Pour Manuel Valls, il vient du fait de ne pas assumer cette politique. En réalité il ne s’agit peut -être pas tant d’un clivage politique, que d’une question d’ambition politique, au sens premier du terme.

(© Radiofrance)