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République, Nation : les partis politiques à front renversé

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Droit du sol, immigration, République, Nation : à deux ans de la prochaine présidentielle, ces questions préemptent le débat politique. Les frontières entre partis s'estompent, chacun "triangule".
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Radio France
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 (Louise Bodet © Radio - France Christophe Abramowitz)

Trianguler, ou s'emparer des thématiques de l'adversaire, marcher sur ses plates-bandes, brouiller les pistes. En politique aussi, l'herbe est plus verte dans le pré du voisin. Et à l'ère du tripartisme, cela donne un drôle de manège à trois. Expert en la matière : Nicolas Sarkozy. "Le droit du sol, c'est la France" , disait en 2012 celui qui se présenta longtemps comme un "petit français de sang mêlé". Samedi dernier, changement de pied : l'ex-président remet en cause l'automaticité de l'acquisition de la nationalité pour les enfants nés en France. Confronté à la poussée du Front national, et tenté de récupérer un électorat qu'il a su séduire en 2007, Nicolas Sarkozy vire à droite, toute, au point de diviser son camp.

"Aucun sujet n’est tabou"

Parmi ceux qui, à droite, réaffirment leur attachement au droit du sol, François Fillon, mais aussi, et c'est plus étonnant, Claude Guéant, un fidèle sarkozyste. "Aucun sujet n'est tabou", répond ce jeudi Brice Hortefeux dans les colonnes du Monde. L'ami de 30 ans de Nicolas Sarkozy justifie aussi la volte-face de son mentor : "le rôle d'un homme d'Etat est d'adapter ses réponses aux réalités de la société ".

Ce serait donc par pragmatisme que Nicolas Sarkozy reprend une vieille proposition de l'extrême droite, par pragmatisme aussi qu'un autre fidèle de l'ex-président, Christian Estrosi, multiplie les embardées droitières en Provence-Alpes-Cote-d'Azur, au point que sa future adversaire aux élections régionales, la frontiste Marion Maréchal Le Pen, l'accuse de faire de la "surenchère à droite ". Un comble…

Le Pen : "un programme économique d’extrême-gauche"

Le FN, lui, vire à gauche. C'est en tout cas ce que tente de faire croire Marine le Pen qui, depuis qu'elle a pris les rênes du Front national, s'empare de thématiques très éloignées de l'extrême droite historique. D'abord sur le plan économique, elle défend l'Etat fort, pourfend la mondialisation, fustige les salaires des grands patrons et les profits du CAC 40, affirme enfin que l'extrême gauche a "les bons diagnostics" mais pas "les bonnes solutions". Ce qui fait hurler les tenants du FN d'avant, et offre un angle d'attaque à la droite. "Marine Le Pen a le programme économique de l'extrême gauche " accuse régulièrement Nicolas Sarkozy, qui privilégie volontairement ce terrain de confrontation.

Hollande : "plus gaulliste qu’on veut bien le croire"

Marine Le Pen ne triangule pas seulement sur le plan économique. Elle est aussi de plus en plus présente sur les valeurs de la République, et notamment la laïcité, preuve décidément que chacun joue à front renversé. Nicolas Sarkozy accuse le pouvoir "d'abîmer la République ". Une valeur historiquement de gauche. Et François Hollande célèbre la France, la Nation, préemptée depuis longtemps par la droite.

"Il ne fait pas de commémorations républicaines mais nationales"  note un proche, convaincu que "François hollande est plus gaulliste qu'on veut bien le croire.. pour le président, le sujet, c'est la France, et c'est là-dessus que sera jugée la réussite du quinquennat, affirme ce conseiller, pour qui la bataille se joue entre l'idée de la France, qui rassemble, et l'identité française, défendue par la droite, qui sépare, qui exclut" .

 

François Hollande défend la Nation. Pas question, du coup, de donner prise aux accusations de laxisme, traditionnelles quand il s'agit d'attaquer la gauche, notamment sur sa politique migratoire. D'où la fermeté des positions françaises au sujet des migrants. Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a annoncé hier l'ouverture de 9.500 nouvelles places d'hébergement, mais aussi l'accélération des mesures d'éloignement pour ceux qui n'obtiendraient pas l'asile, et à ce titre la France est loin de faire partie des pays les plus généreux. Les uns défendront le pragmatisme du président, les autres dénonceront un reniement des valeurs de gauche.

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