Peut-on jouer au foot avec les députés du Rassemblement national ?

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Les députés Insoumis, socialistes et Verts ont décidé de boycotter un match caritatif de football organisé mercredi soir par l’équipe de l’Assemblée Nationale au motif que des élus du Rassemblement National figurent dans l’effectif… L'édtio politique de Renaud Dély.

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Radio France
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Illustration football. (CHRISTIAN LEMONTEY / MAXPPP)

Pas question de banaliser l’extrême droite en enfilant le même maillot que des élus lepénistes. Vous connaissez l’adage du grand philosophe Pierre Desproges, "On peut rire de tout mais pas avec n’importe qui". Et bien, pour les députés de gauche, c’est pareil, on ne tape pas dans un ballon avec n’importe qui. Alors, le foot est un jeu et on peut comprendre ceux qui veulent choisir avec qui s’amuser. De peur de voir les seuls députés macronistes aux côtés du RN, la patronne du groupe Renaissance, Aurore Bergé a aussi appelés ses troupes à ne pas jouer. Certains députés Renaissance, comme celui des Yvelines, Karl Olive, chausseront quand même leurs crampons.

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Cette polémique est assez futile, et même un peu grotesque, mais elle illustre le piège tendu par le RN à l’Assemblée Nationale : celui de la banalisation. D’ailleurs, les députés RN ont obtenu des postes à responsabilités, notamment des vice-présidences avec l’assentiment des marcheurs. Lors de la session extraordinaire cet été, ils ont parfois mêlé leurs voix à celles de la majorité, comme à celles de la gauche. Et demain, la Nupes compte sur leur ralliement lorsqu’elle déposera une motion de censure pour essayer de faire chuter le gouvernement sur la réforme des retraites.

Et pour le XV parlementaire ?

Bref, infréquentables sur un terrain de foot, les députés RN ne le sont pas à l’Assemblée Nationale. Ils sont 89, le premier groupe d’opposition ! Impossible de l’ignorer. C’est le nombre qui fait sa force, et qui incite ses opposants à verser dans l’hypocrisie. Par exemple, il y a peu, les députés de gauche, comme l’Insoumis Alexis Corbière, jouaient au rugby dans le XV parlementaire sous le même maillot que le lepéniste Louis Aliot. Cela ne choquait personne, sans doute parce qu’il n’y avait qu’un député RN.

Et ce piège de la banalisation, l’extrême droite le tend désormais un peu partout en Europe. Il y a 22 ans, lorsqu’un parti d’extrême droite avait intégré, pour la première fois depuis 1945, un gouvernement européen démocratiquement élu, c’était en Autriche, les ministres des autres pays de l’UE avaient boycotté leurs homologues pendant plusieurs semaines. La victoire dimanche à Rome de Giorgia Meloni n’a suscité, elle, aucune protestation.

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