L'édito politique, France info

Manuel Valls, chassez le naturel...

A gauche, il est au centre du jeu politique. C'est lui qui a fait l'événement, lors du 77ème congrès du Parti socialiste ces trois derniers jours à Poitiers : Manuel Valls est parvenu à rassembler sa famille politique. Mais ce rassemblement ne va pas sans accrocs, et le Premier ministre lui-même n'a pas évité quelques faux pas.

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Tout a pourtant commencé par un sans-faute : le discours du Premier ministre samedi à Poitiers, une déclaration d'amour aux socialistes, le parfait bréviaire de gauche, loin des transgressions chères au Valls d'avant, mais aussi la réaffirmation d'une loyauté sans faille au chef de l'Etat et, au final, un discours très applaudi. Manuel Valls fait donc mieux que le job, et puis… s'en va. Au sens propre, le Premier ministre quitte le congrès du PS pour une escapade à Berlin. La finale de la Ligue des Champions, le Barça, son club de cœur, contre la Juve : ça ne se rate pas, et c'est un "moment de détente" bien mérité, se défend après coup Manuel Valls, qui précise aussi que son échappée lui a permis de parler de l'organisation de l'Euro 2016 en France avec son hôte Michel Platini.

Argument repris par le Président cet après-midi : "le Premier ministre avait une réunion avec l'UEFA" a justifié François Hollande depuis le G7 en Allemagne. Sauf que le mal est fait : à Paris, la polémique a enflé tout le week-end. Un Premier ministre qui va voir un match de foot en Falcon aux frais de l'Etat, c'est du pain béni pour l'opposition. Manuel Valls, lui, s'énerve très fort contre la presse. Surtout, il n'a pas vu venir la polémique. Petit excès de confiance ?

 

Loi Macron : vers un nouveau 49-3 ?

 

Le "naturel" de Manuel Valls s'exprime aussi sur le plan politique, et il tient en un petit chiffre : 49-3. Cet article de la Constitution permet au gouvernement de faire adopter un projet de loi en se passant du vote, et donc du soutien de la majorité. Le projet de loi Macron est emblématique des divisions internes au PS à propos de la politique économique du gouvernement. Du coup, Manuel Valls a dégainé le 49-3 une première fois en février, et pourrait bien le ressortir en 2ème lecture. Celle-ci débute ce lundi à l'assemblée, en commission. Les frondeurs du PS, dont l’opposition au texte a provoqué le premier passage en force en février, n'ont pas changé d'avis. Or le Premier ministre "veut aller vite", il l'a déclaré à Poitiers. Pas question de s'embarquer de nouveau dans des semaines de débat mortifère. Un nouveau recours au 49-3 serait donc la piste privilégiée.

Un nouveau coup de force, tout à fait conforme à l'image de marque de Manuel Valls, celle d'un homme déterminé à réformer… mais un choix pas forcément à même de calmer les frondeurs, dont certains se sont agacés d'un petit détail : cette mini-conférence de presse accordée par le Premier ministre en salle plénière et en plein discours du député frondeur Laurent Baumel, ce week-end à Poitiers. "De l'arrogance, de la désinvolture, des méthodes de voyou" a fustigé après-coup un ami du malheureux député. 

 

Leadership : "J'ai été bon"

 

Pourtant, Manuel Valls a beaucoup travaillé son profil rassembleur, qui n'est pas pour lui le plus naturel. "Il a ajusté le costume" de chef de la majorité, explique le patron de l'Assemblée Claude Bartolone.. "il a gagné en maturité, complète un ministre, et ne cherche plus à enfoncer le clou de ses convictions personnelles. Son intérêt profond n'est surtout pas, actuellement, dans la différenciation" . Autrement dit, sa loyauté à l’égard de François Hollande serait aussi une question d'image, l'image "d'homme d'Etat" qui pourrait lui servir lors d'échéances futures.

Il n'est qu'à voir la façon dont le Premier ministre a fait applaudir le Président : les ovations de la salle, c'était pour lui, François Hollande, qui y a été "sensible" , il l'a dit par SMS à un de ses amis présents sur place. Mais il ne faut pas négliger non plus cette petite phrase de Manuel Valls, lâchée aux journalistes : "Les Français veulent du sens, de l'explication, du leadership" . Précisément ce qui, paraît-il, fait défaut au Président. "C'est là que moi, j'ai été bon" , tranche Manuel Valls, s'auto-attribuant des qualités toutes présidentielles. Chassez le naturel…

 

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