Les Républicains se sont-ils fait piéger par Bruno Le Maire ?

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Le texte sur le pouvoir d’achat arrive au Sénat, où la droite est majoritaire. Les Républicains se retrouvent face à une équation compliquée avec leurs collègues de l’Assemblée qui, eux, ont déjà voté le texte. L'édito politique de Neila Latrous.

Article rédigé par
Neila Latrous - franceinfo
Radio France
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Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains au Sénat, au Sénat à Paris, le 10 juin 2020.  (VINCENT ISORE / MAXPPP)

Les sénateurs se sont à leur tour lancés dans l'examen du paquet de mesures en faveur du pouvoir d'achat. Et déjà, cela pose un casse-tête, notamment chez les Républicains. Ce qui permet au ministre de l’Economie Bruno Le Maire de se targuer mercredi 27 juillet d’avoir élargi la majorité présidentielle de 54 députés LR, c'est-à-dire les trois quarts du groupe. 

>> Loi pouvoir d'achat : les sénateurs LR posent leurs conditions pour valider le projet

Un vote favorable qu'il a obtenu après des semaines de négociations, pour amener, d’abord, la droite à renoncer à son projet de prix bloqué du carburant, à 1 euro 50 le litre, en lieu et place d’un dispositif où l’Etat renonçait à ses recettes fiscales. Bercy et la droite à l’Assemblée se sont donc accordés sur les 30 centimes de réduction à la pompe pour les mois de septembre et d’octobre. Le gouvernement s’est laissé convaincre aussi sur la déconjugalisation de l’allocation adulte handicapé, qui avait été portée par les parlementaires LR lors de la précédente législature - rejetée par deux fois alors, et acceptée la troisième dans ce texte pouvoir d’achat. Sans oublier la défiscalisation des heures supplémentaires, là encore réclamées par LR : le gouvernement dit oui.

Les Républicains sont-ils piégés ?

En résumé, le projet de loi issu du débat à l’Assemblée a été en partie réécrit par la droite. On voit difficilement comment cette même droite va pouvoir s’y opposer au Sénat. Et pourtant les sénateurs veulent faire entendre leur propre musique. Le Sénat veut par exemple accentuer le dispositif sur les heures supplémentaires, en incluant aussi des exemptions pour les patrons. Bruno Retailleau, le patron de LR au Sénat, veut revoir quelques taux pour la revalorisation des minima sociaux pour que les revenus de la solidarité ne soient pas davantage revalorisés que ceux du travail. Il va évidemment remettre aussi sur la table la question de la dette.

Mais autant dire que sur tous ces sujets, il n’y a pas de différence de nature entre les solutions proposées par le gouvernement et celles défendues par la droite sénatoriale. Il y a, tout au plus, des divergences sur les montants, sur le mode de calcul. Autant dire que pour le grand public : on est sur l’épaisseur du trait. Et puis la droite, toute à sa volonté de se différencier du Rassemblement national qui lorgne sur son électorat, a choisi d’incarner une opposition responsable. Donc une opposition qui discute et qui ne bloque pas.

Des textes conçus pour être votés par la droite

Ça ne laisse pas beaucoup d’options quant au vote solennel qui arrivera dans quelques jours. Elle votera ce texte sur le pouvoir d'achat, au moins pour ne pas apparaître divisée, pour ne pas laisser à penser que les lignes sont différentes entre Assemblée et Sénat. Et c'est à parier que l’on entendra alors Bruno Le Maire se targuer d’avoir élargi la majorité présidentielle d’une centaine de sénateurs.

Les Républicains sont-ils piégés ? Oui, d’une certaine façon. Et les choses ne vont pas s’arranger à la rentrée, puisque les deux textes qui vont arriver dans l’hémicycle - immigration et assurance chômage - sont conçus précisément pour être votés par la droite. Il y aura ensuite le budget 2023, porté par Bruno Le Maire, encore lui, avec des mesures de réduction de la dépense publique… Bref, dans les six prochains, tout est fait pour que LR se retrouve dos au mur. Pour que ces élus votent, texte après texte, les réformes proposées par l’exécutif. Lequel n’a pas totalement enterré l’idée, plus pérenne, d’une coalition gouvernementale. D’un accord sur la mandature et non au cas par cas. Cela risque de brouiller le Congrès des Républicains, convoqué en décembre pour désigner une nouvelle direction. Que la droite survive à cette année relèvera alors du miracle.

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