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Les affaires n'inspirent plus la polémique politique

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La vie politique semble vouloir se tenir à distance des affaires. Pourtant deux nouveaux rebondissements auraient pu défrayer la chronique, autour de Claude Guéant et Bernard Tapie, mais les responsables politiques restent silencieux.
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Radio France
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C'est une nouvelle jurisprudence... Face aux affaires, les politiques
jouent la prudence. Cela a commencé avec l'affaire Cahuzac. Dans un premier temps, l'opposition de droite a refusé d'accabler
l'ancien ministre du budget, sur lequel pesait un soupçon. Il est vrai que l'UMP compte dans ses rangs un ancien
titulaire du poste, Eric Woerth, qui a subi la vindicte de ses opposants, bien
que criant son innocence.

Il a fallu attendre les aveux de Jérôme Cahuzac pour que la
machine à polémique se mette en branle.

Aujourd'hui, deux informations auraient pu justifier une bataille
politique fournie. Deux informations concernant des affaires d'importance. La première, l'affaire Tapie Crédit Lyonnais soulève la
question de savoir si un ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, est
intervenu dans cet arbitrage de plusieurs centaines de millions d'euros. Stéphane
Richard, ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde, alors ministre de l'économie, est gardé à vue
depuis ce matin.  La deuxième affaire concerne un ancien secrétaire général de
l'Elysée, Claude Guéant, devenu ministre de l'intérieur, qui, lorsqu'il était directeur
de cabinet place Beauvau, de 2002 à 2004, aurait touché 10 000 euros par
mois de primes, non déclarées au fisc.

Les sommes en jeu, le poids politique des personnalités
mises en cause pourraient justifier des communiqués accusatoires ou indignés de
leurs opposants, mais il n'en n'est rien.

 

La classe politique reste
désormais silencieuse. Mais cela ne veut pas dire que ces affaires n'intéressent
pas les hommes politiques.

Ils les suivent de très près, au contraire. Mais ils ont appris à maîtriser leur réaction. D'abord, ils savent que ces travers éclaboussent tout le
monde. Les affaires subies par la droite n'exonèrent pas la gauche, et
inversement. Taper sur les fautifs ne redore pas son propre blason.

Et sur les affaires, le costume de la gauche n'est pas
immaculé.

Autre explication à ce silence, c'est la méthode que veut
incarner François Hollande depuis qu'il est président. Pas de réquisitoire politique,
mais l'attente patiente de l'action de la justice. C'est ainsi que le chef de l'Etat a géré l'affaire Cahuzac,
donnant crédit aux démentis du ministre, s'en remettant à la pression de la
justice qui a conduit aux aveux et la démission du fautif. C'est ainsi que cet après midi,
Manuel Valls transmet le dossier Guéant à la justice, sans plus de commentaire.

Le pouvoir veut prendre ses distances avec les affaires.

Mais l'on dit aussi
que ces affaires profitent avant tout au Front National. Cela pourrait
expliquer cette prudence.

C'est vrai, cela s'est vérifié par le passé. Les affaires aliment le doute sur la sincérité des
politiques. Ce qui nourrit principalement l'abstention voire le vote extrême. Cette défiance peut aussi s'expliquer par la crise
économique et sociale, qui renforce l'idée que les politiques seraient
impuissants sur les dérives de l'économie mondiale. Tout cela encourage la prudence des partis, y compris du Front
National, qui prétend proposer une alternative politique, et ne cherche pas non
plus à alimenter la machine du "tous pourris".

Car il est une certitude acquise depuis une vingtaine d'année,
c'est que parler des affaires, même si cela fait un peu de mal à l'adversaire,
cela ne fait jamais de bien à la politique en général.  

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