Législatives : pourquoi les partis ont-ils tant de mal à se séparer de leurs candidats condamnés, mis en examen ou inquiétés

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Sous la pression, Jérôme Peyrat a renoncé à sa candidature en Dordogne. Son cas illustre l'aveuglement d'une partie des partis politiques, face à des mises en cause devenues intolérables aux yeux de l’opinion publique.

Article rédigé par
Renaud Dély - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Stanislas Guerini le 18 mai 2022. (FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

Condamné pour violences conjugales en 2020, le marcheur Jérôme Peyrat a retiré sa candidature aux législatives en Dordogne, mercredi 18 mai dans l'après-midi. Le matin, le patron de la République en marche Stanislas Guérini avait déclenché un tollé en prenant sa défense sur franceinfo. Il avait cru bon le qualifier d’"honnête homme", une bourde XXL qui a donc scellé son sort.

Dans l’après-midi Stanislas Guérini s’est excusé. Mais sa stupéfiante défense initiale illustre l’aveuglement persistant d’une bonne partie du monde politique sur l’époque actuelle. Il avait argumenté sur la légèreté de la peine infligée, 3 000 euros avec sursis, minimisé les faits, glissé que la victime avait, elle aussi, subi une condamnation mineure. Sans comprendre que la seule incrimination infamante de "violences conjugales" suffisait à invalider la candidature de Jérôme Peyrat. Après la vague #MeToo, une telle faute laisse pantois. Surtout quand le gouvernement exhorte à la libération de la parole des femmes et prétend faire, une fois encore, de l’égalité entre les femmes et les hommes la grande cause du quinquennat.

Des accusations qui suffisent à disqualifier

Pour un parti, une condamnation judiciaire ne suffit donc pas à lâcher un candidat. Le premier réflexe est souvent grégaire. Si les adversaires politiques ou la presse attaquent, on serre les rangs. L’esprit partisan nuit à l’honnêteté intellectuelle. Et puis au fond, ce n’est pas la procédure qui compte, c’est la nature de l’accusation, et son impact dans l’opinion. On l’a vu avec l’affaire Taha Bouhafs. Sa condamnation pour "injure à raison de l’origine" – il avait traité une syndicaliste policière d’"Arabe de service" – ne posait pas de problèmes aux Insoumis. Ce sont les accusations d’agressions sexuelles qui les a contraints à retirer cette candidature dans le Rhône. Non sans essayer d’en faire la victime d’une prétendue "campagne raciste".

Rappelons que Taha Bouhafs n’est pas mis en examen, encore moins condamné, il n’y a même pas encore de plainte. Mais désormais les accusations d’agression sexuelle ou de violence faite aux femmes suffisent à disqualifier un candidat parce qu’elles sont devenues intolérables aux yeux de l’opinion publique.

D’autres candidats inquiétés par la justice suscitent moins d’émoi. Le macroniste Thierry Solère est mis en examen notamment pour "emploi fictif" et "fraude fiscale", Marine Le Pen pour "détournement de fonds publics", l’insoumis Manuel Bompard a été condamné pour "rébellion contre l’autorité judiciaire", Eric Zemmour plusieurs fois pour "provocation à la haine". Un simple échantillon. De nombreux autres candidats de toutes étiquettes sont poursuivis. Sans conséquence politique. Une preuve de plus que c’est bien le poids de l’opinion qui conduit un parti à lâcher ses brebis galeuses. Ou pas.

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