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Législatives 2022 : ces lourdes conséquences que pourrait avoir un nouveau record d'abstention

Le dernier sondage Ipsos-Sopra-Steria estime que près d'un électeur sur deux pourrait bouder les urnes dimanche. Cette abstention pourrait avoir de lourdes conséquences sur le prochain quinquennat.

Article rédigé par franceinfo - Renaud Dély
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min
Une personne vote pour le second tour de l'élection présidentielle, le 24 avril 2022. (STEPHANIE PARA / MAXPPP)

À deux jours du premier tour des élections législatives, les dernières enquêtes estiment que l’abstention risque de battre un nouveau record. Les urnes pourraient rester largement vides. Seuls 49% des inscrits s’étaient rendus dans l'isoloir en 2017. Ils pourraient n'être que 46% dimanche, selon le dernier sondage Ipsos-Sopra-Steria pour Radio France et France télévisions.

Les causes sont multiples : la campagne a été courte et n'a pas passionné les foules, l'enjeu est évanescent et les électeurs ont le sentiment que les jeux sont faits depuis le résultat de l’élection suprême - l'élection présidentielle - fin avril. D'ailleurs, l’abstention progresse depuis que l’instauration du quinquennat, il y a 20 ans, a placé les législatives juste après le scrutin élyséen. La tactique de l’exécutif d’écarter les sujets clivants a, aussi, eu une incidence. On peut noter aussi le choix d’Emmanuel Macron de ne se jeter dans la bataille que dans les tous derniers jours ou la discrétion du Rassemblement national comme des Républicains tout au long de la campagne.

Une crise qui a plus de 20 ans

Cependant, le contexte ne suffit pas à expliquer une telle désaffection. Cette crise civique vient de loin. Elle a plus de 20 ans et n’a cessé de s’aggraver ces dernières années. L’abstention a battu des records à chaque élection intermédiaire depuis 2017 : 54% aux municipales, en plein Covid-19 et même 66% aux régionales en 2021 ! La frustration générée par des alternances décevantes avait facilité l’irruption d’Emmanuel Macron. Le chef de l’État n’a pas réussi à apaiser cette crise depuis.

On peut même redouter que les initiatives prises pour régénérer la démocratie participative - le "grand débat" ou la convention citoyenne sur le climat hier, le Conseil national de la refondation demain - ne contribuent qu'à affaiblir un peu plus la démocratie parlementaire. Pendant que ses opposants remettent en cause la légitimité d’un président qu’ils jugent réélu "sans mandat", les députés de tous bords, plombés par une abstention massive, seront encore plus mal élus.

Des conséquences sur le prochain mandat

Il faut redouter les conséquences d’une telle grève des urnes car les controverses qui ne sont pas tranchées explicitement et massivement lors d’un vote rejaillissent plus tard ailleurs, dans la rue, et parfois de façon brutale.

S’il obtient une majorité, Emmanuel Macron se heurtera à des opposants qui en appelleront aussitôt à un "quatrième tour" social, notamment contre la réforme des retraites. À l’inverse, si elle parvient au pouvoir, la coalition de gauche aurait sans doute du mal à surmonter les dissensions de fond qu’elle a réussi à masquer le temps d’une campagne électorale.

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