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L'exclusion de Jean-Marie Le Pen, un choix risqué pour le FN

Après les propos polémiques de son président d'honneur, le Front national doit décider de son exclusion du mouvement. Une option qui ne serait pas sans risques pour le FN.

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Il y a encore quatre mois, Jean-Marie Le Pen était acclamé au congrès du FN à Lyon, un clip disco était diffusé à sa gloire, un véritable hommage pour une véritable star auprès des militants, très attachés au père fondateur du mouvement et aux saillies médiatiques qui ont fait son succès. Des militants dont le chant préféré partout est un très accueillant "on est chez nous".

 

Rien de nouveau ces derniers jours dans les déclarations du père fondateur du mouvement. L'histoire du « détail » existe depuis presque 30 ans. Les complaisances à l'égard de Philippe Pétain ne datent pas d'hier non plus mais aujourd'hui c'est soudainement l'hallali, comme si la direction du parti faisait mine de découvrir les origines politiques du FN version canal historique dont la base électorale est encore friande.

 

La goutte en trop dans une coupe déjà pleine

Mais cette fois l'abondance de provocations en quelques jours à peine a fait craquer Marine Le Pen qui a décidé de s'opposer à sa candidature aux prochaines régionales en PACA. Tous ses lieutenants s’en sont donnés à cœur joie ce jeudi dans les médias. Florian Philippot est même allé jusqu’à dire qu’il était préférable qu’il démissionne.

 

Sa fille voudrait bien faire de ce nouveau conflit familial un symbole de la dédiabolisation de son parti qu'elle a entamé depuis sa prise du pouvoir en 2011 et à laquelle son père s'est toujours opposé, lui qui n'a jamais voulu arriver aux responsabilités au contraire de sa fille.

 

Sa stratégie a jusque-là fonctionné. Elle n’a cessé de faire progresser les scores du FN aux élections depuis 2011 : municipales, européennes et départementales, en faisant aussi entrer deux élus à l’Assemblée et au Sénat. Les régionales sont pour le FN et sa présidente une étape cruciale, la dernière avant la présidentielle.

 

Marginaliser Jean-Marie Le Pen

Marine Le Pen a déjà prévenu : elle va s'opposer à la candidature de son père pour les régionales en PACA en décembre lors du bureau politique du 17 avril prochain. De toute façon la candidature du patriarche faisait l’objet de nombreux débats internes. Il était surtout question de l’âge du capitaine (86 ans), de ses chances, voire de sa réelle volonté à remporter l’une des deux régions gagnables par le parti en décembre prochain. Marion Marechal Le Pen est très demandée pour être candidate mais la plus jeune députée de France, élue dans le Vaucluse, n’est pas emballée. Elle s’entend bien avec son grand-père même si elle a récemment condamné son énième sortie médiatique sur les chambres à gaz. Elle réfléchit encore.

 

Et puis le but de l'offensive médiatique de Marine Le Pen et de ses lieutenants c'est surtout de saisir cette occasion tendue par Jean-Marie Le Pen pour marginaliser définitivement le co-fondateur du mouvement.

 

Tuer le père ?

Dans quel but utiliser une telle stratégie ? Celui d'élargir l'électorat et casser le plafond de verre qui empêche presque toujours le FN de l'emporter dans une élection au scrutin majoritaire à deux tours. Elle expliquera tout ça ce jeudi soir dans le 20h de TF1.

 

Pour le reste, un bureau exécutif en début de semaine prochaine discutera du cas Jean-Marie Le Pen et d'éventuelles sanctions mais on ne voit pas bien lesquels. Le statut de président d'honneur a été créé par et pour Jean-Marie Le Pen. L'exclure du parti qu'il a lui-même créé parait inconcevable. Il a d’ailleurs prévenu dans un communiqué. « C’est le 17 avril devant l’assemblée délirante du bureau politique du FN que j’exposerai mon point de vue », dit-il avant de mettre en garde sa fille contre une crise qui pourrait être grave de conséquences. Dans l'histoire du parti, tous ceux qui un jour ont voulu tuer le père, l'ont payé cher.

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