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François Hollande et le rituel algérien

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François Hollande se rend en visite d'Etat en Algérie mercredi prochain. Et d'ores et déjà, les demandes sont pressantes concernant les dossiers non résolus entre les deux pays, qu'il s'agisse de la guerre d'Algérie ou l'assassinat des moines de Tibéhirine.
Article rédigé par
Radio France
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Franceinfo (Franceinfo)

François
Hollande parlera de tous les sujets... Le président de la République l'a certifié
cet après-midi, quelques heures après la publication de deux requêtes sur l'histoire
sombre des relations franco algériennes.

Concernant les
moins de Tibéhirine, le juge antiterroriste Marc Trévidic souhaite se rendre en
Algérie. Pour entendre des témoins de l'enlèvement des moines, et pour
autopsier leurs restes, afin de savoir comment ils ont été exécutés. Un geste
revendiqué par les islamistes du GIA, mais l'hypothèse d'une bavure de l'armée
algérienne demeure.

François
Hollande devrait donc transmettre la demande du juge.

Autre requête, celle de la veuve de Maurice
Audin. Un mathématicien français, disparu après son arrestation par l'armée française
en 1954.

Josette Audin souhaite que François Hollande reconnaisse,
et condamne les tortures ainsi que les
exécutions sommaires, pratiquées par l'armée française. François
Hollande devrait honorer la mémoire de ce Français, qui avait pris fait et
cause pour la cause algérienne, et dont le nom a été attribué à une place à
Alger. Place où François Hollande doit se rendre jeudi,  rendre hommage aux Français, qui, comme Maurice Audin, avaient choisi l'indépendance
du pays.

Une façon de
montrer que l'attitude des Français n'a pas été aussi tranchée que certains le
croient, y compris parmi la jeunesse algérienne. Près du
président Français, beaucoup défendent cette idée que la population algérienne
(dont une large majorité est née après l'indépendance) n'est pas obnubilée par
la question de la repentance.

 " Une fausse question " assure un
conseiller présidentiel.

François
Hollande se veut lucide, admettre l'histoire telle qu'elle s'est déroulée :
comme lorsqu'il a reconnu (en utilisant ce terme de lucidité) la " répression
sanglante dont avait été victimes des Algériens manifestant pour l'indépendance
 "
le 17 octobre 1961.

Reconnaître,
nommer les faits du passé, mais sans pratiquer une repentance qui humilierait
la France d'aujourd'hui, telle est la ligne de François Hollande.

Lui dont la
conscience politique s'est éveillée, contre la conviction de son père très " Algérie
française ", et qui estimait comme toute sa génération à gauche, que la France
en Algérie n'avait pas respecté ses propres valeurs républicaines. Ce devrait être
l'un des messages importants du chef de l'Etat lors de cette visite d'Etat.

Mais ce n'est pas son seul objectif... L'économie
fait partie des priorités de François Hollande.

Il parlera
également du droit des personnes, c'est-à-dire aussi bien des questions de
visas, pour les voyages familiaux et les étudiants, ainsi que la question des
retraités algériens, obligés de résider en France pour toucher leur allocation. Les laisser
vivre au pays ne coûterait pas un centime, plaident leurs défenseurs.

Car les
questions économiques seront aussi au cœur de ce voyage. François
Hollande veut établir une coopération économique durable entre les deux pays. Une
quinzaine d'accords devraient être signés, suivis d'une feuille de route
précise et qui engage dans le temps.

Car François
Hollande ne veut pas d'un voyage sans lendemain, comme cela a souvent été le
cas. Jacques Chirac avait
accompli une visite triomphale en 2003, contredite ensuite par la loi sur les
aspects positifs de la colonisation.

Nicolas Sarkozy
avait prononcé un discours très bien perçu à Constantine, évoquant l'Islam des
Lumières, mais en se contredisant aussitôt lors d'une rencontre avec des
rapatriés français.

François
Hollande a le sentiment que sa visite en Algérie fait partie du rituel de tout
président nouvellement élu, mais il souhaite être le premier à entreprendre une
visite qui enclenche un nouveau cycle, économique en l'occurrence. Comme si à ses
yeux l'écueil sur lequel ont buté ses prédécesseurs, la question mémorielle ne constituait pas une
fin en soi, mais le point final d'un long chapitre, avant d'en ouvrir un
autre.  

 

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