Édito
Législatives 2024 : Gabriel Attal est-il le nouveau chef du bloc centriste ?

Gabriel Attal s'est, au fil de la campagne des législatives, émancipé du chef de l'État. Il a d'ailleurs longuement échangé avec les candidats macronistes au soir du second tour.
Article rédigé par Renaud Dély
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
Gabriel Attal, Premier ministre, à Matignon le 7 juillet 2024. (LUDOVIC MARIN / AFP)

Gabriel Attal a présenté, lundi 8 juillet, sa démission au chef de l’État, mais Emmanuel Macron lui a demandé de "rester Premier ministre, pour le moment" afin d’"assurer la stabilité du pays", sans doute quelques semaines, le temps que les contours d’une majorité parlementaire et d’une candidature alternative pour Matignon émergent. Maintenir Gabriel Attal à Matignon arrange beaucoup de monde, Emmanuel Macron bien sûr, mais aussi la gauche qui a besoin de temps pour tirer ses idées, et sa stratégie, au clair. La présence de Gabriel Attal est d’autant plus précieuse pour gérer les affaires courantes que celles-ci ne le sont pas, courantes, ou banales, puisqu’il s’agit des Jeux olympiques de Paris qui s’ouvrent dans moins de trois semaines, un défi logistique, sécuritaire et politique considérable. Le paradoxe, c’est que c’est le principal intéressé qui est le plus pressé de passer à autre chose. 

Gabriel Attal a décidé de tourner la page du macronisme et de se mettre à son compte. Au fil de la brève campagne législative, il s’est émancipé de la tutelle du chef de l’État, sa relation avec Emmanuel Macron s’est considérablement dégradée et il se tourne désormais vers l’avenir. En son temps, pour se délester du poids de l’héritage mitterrandiste, Lionel Jospin avait inventé le "droit d’inventaire". Dimanche soir, Gabriel Attal a rappelé, lui, qu’il n’avait "pas choisi" la dissolution - en coulisses, il l’a même fermement condamné - mais qu’il avait choisi de "ne pas la subir". Et il s’est posé en sauveur de son camp, celui qui a permis à la majorité de limiter les dégâts en sauvant trois fois plus de sièges que redouté répète-t-il. Dans la nuit de dimanche à lundi, Gabriel Attal a d’ailleurs échangé jusqu’à 4 heures du matin avec les candidats de la majorité battus, comme avec les vainqueurs qu’il recevra mardi soir à Matignon.

Sauver l’unité du bloc centriste

Il faut y voir une façon de préparer l’avenir. Dans la tourmente, Gabriel Attal veut se tenir en surplomb, à l’écart de toutes les négociations qui s’enclenchent pour essayer de faire émerger une majorité. Il se veut à la fois un pôle de stabilité et un recours pour son camp. Mais d’ici là, il a une première urgence à remplir. Sauver l’unité du bloc centriste, et éviter que Gérald Darmanin, Édouard Philippe et d’autres ne repartent chacun de leur côté à la tête de leurs petites boutiques rivales. Emmanuel Macron n’a pas seulement dissous l’Assemblée nationale, sa majorité et sa propre influence,  il a aussi ressuscité le clivage droite-gauche. Au risque de liquider son héritage, ce fameux "dépassement" du "en même temps" relégué au rang de simple mirage.

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