EDITO. Assemblée nationale : habile pour diviser ses adversaires, le RN peine à faire entendre de vraies propositions crédibles

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Après avoir subi quelques turbulences, le Rassemblement national entend de nouveau peser sur les débats à venir à l’Assemblée. Et Marine Le Pen espère même piéger la majorité comme l’opposition de gauche… L'édito politique de Renaud Dély.

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Radio France
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La présidente du groupe parlementaire RN, Marine Le Pen, à l'Assemblée nationale (Paris) le 11 octobre 2022. (XOSE BOUZAS / HANS LUCAS)

Objectif : conserver ce rôle de trouble-fête. Le RN aime à endosser au Palais-Bourbon ce rôle si particulier qui consiste à voter tantôt avec les uns, tantôt avec les autres et de les regarder ensuite se déchirer. Le truc est un peu gros, mais ça marche à chaque fois : Renaissance et la Nupes passent leur temps à s’accuser mutuellement de collusion avec l’extrême droite. Pour le plus grand bonheur de Marine Le Pen.

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Pas question, donc, de changer de stratagème. Le RN envisage même de passer à la vitesse supérieure en profitant de sa prochaine niche parlementaire, en janvier, pour présenter des propositions de loi carrément copiées sur celles de ses adversaires. Sur des sujets régaliens comme la sécurité ou sur des dossiers sociaux.

Contorsions parfois spectaculaires

Le but est de coincer les députés de la majorité ou ceux de la Nupes en montrant à l’opinion qu’ils refusent de voter la copie de leurs propres textes parce qu’ils sont présentés par le RN. En fait, on constate que le parti d’extrême droite, qui verse volontiers dans l’anti-parlementarisme, est passé maître dans l’usage de toutes les roueries, de toutes les manoeuvres de la vie parlementaire au prix de contorsions parfois spectaculaires. Par exemple quand le député RN Grégoire de Fournas s’est fendu d’une saillie raciste dans l’hémicycle, Marine Le Pen et ses troupes ont dénoncé sur tous les tons l’attitude des Insoumis, accusés d’instrumentalisation, de montage, de chasse à l’homme... juste avant de voter une motion de censure déposée par les mêmes insoumis !

Et cette tactique fonctionne... jusqu’à un certain point. Le RN est assez habile pour diviser ses adversaires, et notamment les partenaires de la Nupes. Mais il peine à faire entendre de vraies propositions crédibles. Par exemple sur le pouvoir d’achat, ses députés ne voteront pas la proposition de loi des Insoumis qui veulent porter le SMIC à 1600 euros nets. Marine Le Pen préfère des allègements de charges pour les inciter les entreprises à augmenter les salaires, soit exactement la politique conduite par Emmanuel Macron. Même flou sur les retraites où elle a abandonné le retour à 60 ans pour tous. Depuis le début de la législature, le RN s’affirme comme un trouble-fête capable de semer le désordre, pas encore comme une alternative de gouvernement.

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