Jeux vidéo, France info

Jeux vidéo. PSG esport : "Un projet cohérent avec le club qui tend à devenir celui de la nouvelle génération"

Alors que le PSG esport vient de participer aux championnats du monde de League of Legends, la compétition de jeux vidéo la plus importante de l'année, Fabien Allègre, directeur de la diversification de la marque Paris Saint-Germain, porteur du projet PSG esport, répond aux questions de franceinfo. 

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !
Le maillot 2017 du PSG esports.
Le maillot 2017 du PSG esports. (THOMAS SAMSON / AFP)

Quelques jours après la participation du PSG esport aux championnats du monde de League of Legends, la compétition de jeu vidéo la plus importante de l'année, Fabien Allègre, qui chapeaute le projet PSG esport, explique à franceinfo ce qui motive le Paris Saint-Germain à investir dans l'esport depuis quatre ans. Il présente une méthode : y aller "étape par étape" en "menant à bien les projets déjà initiés". Pour partir "à la conquête de nouveaux fans", il doit composer avec un impératif budgétaire, celui d'être à l'équilibre.

La prochaine phase du projet, très ambitieuse, est la création d'un réseau d'académies PSG esport, comme il en existe déjà un pour le football à travers le monde. "On va essayer de dupliquer ce modèle-là dans l'esport, en commençant par la France, bien évidemment", nous glisse Fabien Allègre. 

franceinfo : Pourquoi un club de foot comme le PSG décide d'investir dans l'esport ?

Fabien Allègre : Cette vision fait suite à la stratégie impulsée depuis 2011 par notre président Nasser Al-Khelaïfi, celle de devenir un club qui rayonne en dehors du football et de faire du Paris Saint-Germain une marque globale. En 2016, on a lancé officiellement cette nouvelle discipline sportive au sein du club avec cette volonté d'aller à la conquête de nouveaux fans et d'avoir un engagement un peu plus fort auprès d'une communauté qui ne connaît pas forcément le Paris Saint-Germain au travers du football.

En clair, on parle d'un public en Asie surtout ?

L'Asie est effectivement un territoire très important pour nous. Avec l'esport on est un petit peu plus focus effectivement sur cette zone-là, puisque c'est une zone géographique où les grands jeux comme League of Legends et Dota sont en effet assez forts. Et puis, on maintient bien évidemment les autres activités comme Brawl Stars et FIFA.

"Un projet cohérent avec le club qui tend à devenir celui de la nouvelle génération", la version longue de l'entretien accordé à franceinfo par Fabien Allègre
--'--
--'--

Le PSG n'est donc pas présent sur des jeux de tir comme Counter-Strike, Call of Duty, Fortnite ou Valorant alors qu'il y a une grosse scène esport sur ces licences. Pourquoi ? Ce n'est pas compatible avec l'image du PSG, des jeux de tir avec des armes ?

On l'avait expliqué en 2016 au démarrage, on essaie de mener à bien déjà les projets qu'on a initiés. Je pense qu'un jour, on viendra sur ces communautés également, mais je dirais qu'on y va étape par étape. Je n'ai jamais fermé la porte et on n'a jamais fermé la porte à ce type de jeux, qui viendront certainement un petit peu plus tard.

Une de vos équipes vient de participer aux championnats du monde de League of Legends qui se déroulent en ce moment à Shanghai. Une qualification surprise pour cet événement qui est le plus important de l'année dans l'esport ?

C'est la référence connue du grand public, avec des chiffres assez importants en termes d'audience. Donc, pour nous, c'était effectivement assez extraordinaire de faire un très bon début sur les play-in (un tour préliminaire, ndlr) en finissant premiers de notre poule. Ce qui nous a amenés à être en group-stage (la phase de groupe de la phase finale que le PSG n'a pas passé avec un bilan de deux victoires et quatre défaites, ndlr). Après, effectivement, on ne fait pas partie malheureusement du carré final, mais je pense que pour un jeune projet comme celui-ci, c'est plutôt une super bonne performance et on espère que ça ira plus loin l'année prochaine.

Sur l'ensemble de l'activité esport, notre objectif est toujours d'être à l'équilibre financier.

Fabien Allègre, directeur de la diversification de la marque PSG

à franceinfo

Le but du PSG esport, même avec des moyens encore limités, c'est de gagner ?

Oui, bien évidemment, nous sommes à la base une marque de compétiteurs, donc on aime gagner des trophées. Mais je dirais que, là aussi, on reste très humble parce que l'économie de l'esport n'est pas encore tout à fait stable. On a des salaires qui peuvent atteindre des sommets. Et on doit arriver à trouver un équilibre. Donc, on ne va pas chercher forcément à avoir les meilleurs joueurs au monde. On n'aura peut-être pas les moyens. On a souvent entendu parler de montants de salaires avoisinant plusieurs millions de dollars par an pour les têtes d'affiche. Ce n'est pas du tout le cas au Paris Saint-Germain, je le précise !

En retour de visibilité, est-ce que c'est intéressant pour le PSG ?

Les matchs auxquels le Paris Saint-Germain a participé dans cette phase finale ont été vus, de façon sûre - parce que là aussi, les chiffres d'audience sont plus ou moins contrôlés - par au moins un million de viewers (spectateurs qui regardent la compétition diffusée en direct en streaming sur internet, ndlr). Donc faire émerger la marque au travers de ces compétitions et de cet engagement qu'a pris le club est un élément qui, sur le long terme, nous permet d'exister en dehors des matchs de foot de ligue 1 plus ou moins bien diffusés en Asie.

Quels sont les enjeux financiers pour le Paris Saint-Germain esport ? Par exemple, ce partenariat avec l'équipe hongkongaise Talon esport à laquelle le PSG a accolé ses couleurs pour être présent sur la scène League of Legends, pouvez-nous dire combien il vous a coûté ?

Au minimum, pour faire très court, sur l'ensemble de l'activité esport, notre objectif est toujours d'être à l'équilibre. Ce n'est pas un investissement où l'on paierait, que l'on considérerait comme de la communication. Ce n'est pas du tout l'objectif. Depuis le démarrage, c'est la règle chez nous, au minimum, on doit être à l'équilibre.

On va essayer de dupliquer le modèle des PSG Academy du football à l'esport.

Fabien Allègre, directeur de la diversification de la marque PSG

à franceinfo

Comment gagnez-vous de l'argent ?

L'ensemble des lots et des prize money (dotations que remportent les équipes engagées dans les compétitions, ndlr), sont reversées aux joueurs et non pas à l'équipe. Donc nous, les différents leviers sur lesquels on gagne effectivement de l'argent, c'est sur la partie sponsoring et sur la partie merchandising.

Allez-vous continuer à développer le PSG esport, à être présent sur de plus en plus de jeux ?

On s'inscrit sur le long terme. On est à l'écoute du marché et des nouvelles tendances de jeu, notamment  tout ce qui touche aux jeux sur mobiles. La stratégie n'est pas forcément d'accroître et de passer à 10 jeux dans les années à venir. On veut construire un modèle qui soit solide, qui soit efficace.

On veut également faire profiter nos partenaires de notre savoir-faire sur la partie Académie, qui est un des piliers très importants pour nous dans le cadre du développement futur de la section esport. La structure Académie, comme dans le foot, a différents niveaux, à savoir le "grassroots program" ouvert à tous sans sélection particulière, jusqu'à, bien évidemment, la préformation et la signature en professionnels. Donc c'est un tout, c'est sur le long terme, et on s'en donne les moyens, petit à petit.

Sur cette académie, concrètement, comment ça se passe pour de jeunes joueurs de jeux vidéo ? Vous cherchez à recruter des talents, et ensuite, à les accompagner pour qu'ils s'épanouissent et qu'ils jouent peut-être à terme, pour le Paris Saint-Germain, comme en football ?

Exactement. C'est la vision. On ne cherchera pas forcément à recruter, ce n'est pas le principal objectif. On va plutôt essayer de mettre en place ce que l'on a fait, ce que l'on fait depuis 2011 sur la partie "académie", où dans 15 pays du monde, vous pouvez chaque semaine pratiquer un football avec une méthodologie Paris-Saint-Germain. On va essayer de dupliquer ce modèle-là dans l'esport, en commençant par la France, bien évidemment. Et puis, si effectivement, les joueurs sont d'un niveau excellent, on aura tout loisir de les intégrer dans l'une de nos équipes sur les différentes compétitions.

Être présent sur les centres d'intérêt de notre communauté de fans.

Fabien Allègre, directeur de la diversification de la marque PSG

à franceinfo

Cette académie, PSG esport, ou sera-t-elle installée et quand va-t-elle concrètement exister ?

Dans un temps qui sera, j'espère, court. Mais comme on veut faire les choses correctement, on prend le temps. Il y a beaucoup d'équipes qui ont annoncé la création de leur académie. Nous, on prend le temps. On a cet avantage aussi d'avoir quand même, dans la colonne vertébrale de cette formation l'ensemble des éléments qui la composent, à savoir la nutrition et un vrai programme d'entraînement physique également. On essaie de mettre ça en place pour lancer ça de façon professionnelle, comme on le fait sur le reste des sujets.

Comment est-ce que les autres personnalités du Paris-Saint-Germain, regardent ce développement du PSG esport ? Les joueurs de l'équipe de foot notamment ?

Je pense qu'on a un bon nombre de nos joueurs qui aiment le jeu vidéo. Et puis, pour le club qui tend à être le premier club de la nouvelle génération, je pense que c'est un signal fort que l'on a envoyé depuis 2016, et qui est cohérent par rapport à notre capacité à aller capter une audience qui est très jeune.

Et donc, si on veut continuer à augmenter cette empreinte, à engager de plus en plus notre communauté de fans, il faut qu'on soit présent sur des centres d'intérêt qui sont les leurs. Donc oui, nos joueurs en font partie, bien évidemment et on a des joueurs qui jouent très très bien à FIFA, d'autres très bien à Brawl Stars, d'autres à d'autres Jeux. C'est assez cohérent avec le club qui tend à devenir le premier club de la nouvelle génération.

Le maillot 2017 du PSG esports.
Le maillot 2017 du PSG esports. (THOMAS SAMSON / AFP)